Dans un climat où le silence est parfois plus valorisé que la vérité, il faut une dose certaine de foi, de courage et d’intégrité pour oser élever la voix – même dans un lieu aussi sacré qu’une mosquée. L’Imam Abdoul Hamid Bah, enseignant, érudit et guide religieux, vient d’en faire l’expérience dans la chair.
Interdit de prêche et renvoyé de la mosquée de Hoorè-Hollandè, dans le quartier Companya à Labé, suite à des propos jugés « durs » par certains membres de la communauté, l’imam a été mis à la disposition de la Ligue Islamique Régionale. Une décision qui fait écho à l’émoi provoqué dans le quartier, mais qui soulève également une question fondamentale : qu’a-t-il réellement dit pour susciter une telle réaction ?
Les déclarations de l’imam n’ont pas été rendues publiques dans le détail, mais ce que l’on sait, c’est qu’il a « égratigné la communauté » – selon les sages du quartier. Or, dans un contexte social marqué par des pratiques discutables, parfois contraires aux principes islamiques, faut-il nécessairement voir dans la parole tranchante d’un imam un affront, ou plutôt un appel au sursaut moral ?
Le prix du franc-parler dans un monde frileux
L’histoire regorge de prédicateurs sincères et de voix courageuses qui, en osant dénoncer l’hypocrisie, l’injustice ou les dérives internes, se sont retrouvés isolés, voire réduits au silence. L’imam Abdoul Hamid Bah semble suivre ce chemin : celui de ceux qui préfèrent dire la vérité, même au prix du rejet.
Il faut rappeler que l’imam n’était pas officiellement affecté à Hoorè-Hollandè. Il y intervenait à la demande des responsables religieux du secteur. Sa compétence et sa rigueur étaient appréciées, jusqu’à ce que ses paroles déplaisent. Faut-il y voir une contradiction ? Une gêne face à un discours qui ne flatte pas les oreilles mais réveille les consciences ?
Une Ligue Islamique face à sa responsabilité historique
Aujourd’hui, la balle est dans le camp de la Ligue Islamique Régionale de Labé, instance chargée d’arbitrer cette situation. Ce n’est pas seulement du sort d’un imam dont il s’agit, mais de la liberté – encadrée certes – de parole dans les mosquées, de la place de la vérité dans l’enseignement religieux, et du rôle même de l’imam comme réformateur, pas seulement répétiteur de versets.
La facilité serait d’entériner l’interdiction, de « calmer les esprits » en sacrifiant celui qui a osé briser le confort du consensus. Le courage serait de tendre l’oreille, d’examiner les propos tenus, d’écouter le contexte, et de reconnaître, s’il y a lieu, qu’un homme sincère peut avoir raison, même s’il s’exprime avec rudesse.
Entre vérité et convenance, quelle voie pour l’islam guinéen ?
L’affaire Abdoul Hamid Bah dépasse sa seule personne. Elle pose une question brûlante : l’imam guinéen doit-il être un miroir fidèle de la réalité sociale ou un simple relais des attentes populaires ? S’il se contente de rassurer, sans déranger, alors la mosquée devient un lieu de confort, mais perd sa vocation prophétique.
Il est temps que les musulmans de Guinée, à Labé comme ailleurs, s’interrogent non pas seulement sur « ce qui a été dit », mais sur « pourquoi cela dérange ». Car parfois, ce n’est pas l’imam qui est en faute, mais notre refus collectif de nous regarder en face.
Conakry 16 juillet 2025
Onetopic84@gmail.com
00224623813202



