Ce matin 15 octobre 2019, plusieurs quartiers de Conakry sont enveloppés d’épaisses fumées de pneus brûlés et de gaz lacrymogènes.
La veille, des milliers de jeunes avaient répondu à l’appel du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC) pour protester contre le projet de troisième mandat du président Alpha Condé.
Cette journée a été marquée par des affrontements violents, tirs à balles réelles, jets de gaz lacrymogènes, arrestations et pertes en vies humaines.
Dans ces échauffourées entre jeunes manifestants et forces de l’ordre, les cris et les jets de pierres se mêlent aux voix des pick-up de la police.
Parmi les manifestants, Aliou Condé, 21 ans, membre actif du FNDC, tente désespérément d’échapper à la répression.
Né à Dinguiraye d’un père malinké et d’une mère peulh, il dit vivre depuis des années les conséquences de la division ethnique que la politique a creusée.
« Quand les jeunes décident de sortir dans la rue, je n’ai pas le choix. Si je reste à la maison, on lance directement des pierres sur notre concession parce qu’on est des Condé. donc, pour eux, des partisans du président. Mais si je sors aussi, c’est la police qui réprime violemment les manifestants en tirant sur tout ce qui bouge », raconte-t-il, les yeux embués.
Dans sa voix, la colère, la peur et la tristesse se confondent.
« J’ai été blessé par un projectile de gaz lacrymogène. Deux de mes cousins sont morts, tirés par balles.
Et moi même j’ai failli mourir, À chaque manifestation, on est obligés d’enterrer un jeune, c’est devenu une routine désormais. »
Pour Aliou, la politique ne tue pas seulement dans la rue, elle a aussi détruit sa famille.
« Mon père soutient le parti au pouvoir, ma mère celui de l’opposition. Les disputes s’invitent même sur la table à manger. J’ai vu mes parents se séparer à cause de la politique. Elle a divisé notre maison. »
Selon nos constats dans de nombreux quartiers, Des jeunes auraient été victimes persécutions, des arrestations arbitraires ou de bastonnades.
« L’ordre a été donné d’arrêter tous ceux qui manifestaient. On vit cachés. J’ai été frappé par des jeunes du parti au pouvoir, juste parce que je ressemble à un Peulh. Si je ne quitte pas ce pays, je risque d’être tué.
soit par les forces de l’ordre, soit par des citoyens. », nous confie-t-il, avec un ton très inquiet.



