Après plus de vingt ans passés en Europe, Honorable Zoupé Zogbèlèmou, originaire de la commune urbaine de Nzérékoré, a fait un choix stratégique et engagé : rentrer en Guinée pour mettre son expérience internationale au service du développement local, en particulier dans le secteur agricole et agro-industriel.
Ancien résident de Madrid, consultant, entrepreneur dans le BTP, l’agriculture et les services, Zoupé Zegbelemou revendique un attachement profond à la terre. « Toute notre vie est investie dans le domaine agricole. C’est ce secteur qui a fait ce que nous sommes devenus aujourd’hui », explique-t-il, rappelant l’héritage familial transmis par son père.

Un choc à la frontière, un déclic entrepreneurial
Le déclic survient lors d’un voyage à Abidjan. À la frontière, il observe plus de sept camions frigorifiques chargés de produits alimentaires en provenance de la Côte d’Ivoire, destinés à la Guinée. Une scène qui le choque profondément.
« Quand j’ai vu cela, je me suis dit qu’il fallait absolument renverser la situation. Pourquoi un pays aussi fertile que la Guinée dépend-il autant des importations alimentaires ? »
Cette prise de conscience s’est renforcée dans le cadre de son partenariat avec Rio Tinto, où il est prestataire local, notamment pour la fourniture de produits alimentaires des sites miniers, en collaboration avec la société Willing, en charge des repas.
Les responsables se plaignaient régulièrement de la difficulté d’accès aux produits alimentaires locaux, contraints de s’approvisionner au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou au Mali.
La ferme agro-pastorale de Gbouo, un projet structurant
Face à ce constat, Zoupé lance la ferme agro-pastorale de Gbouo, située à environ 30 km de Nzérékoré. Le projet couvre une superficie totale de 35 hectares, dont 10 hectares entièrement aménagés avec un système d’irrigation automatisée, utilisant une technologie moderne d’inspiration européenne.
Les résultats sont déjà visibles. La ferme produit actuellement 34 000 kg de produits maraîchers par mois, destinés en priorité à l’approvisionnement des sites de Rio Tinto.
Les cultures incluent notamment :
oignons
tomates
pommes de terre
poivrons (rouges, jaunes et verts)
piments
courgettes
Des cultures dites « sélectives », longtemps jugées inadaptées, mais qui démontrent aujourd’hui leur viabilité en Guinée forestière.
« Si ça marche ici, à Nzérékoré, il faut dès lors arrêter les spéculations qui disent que ça ne marchent pas ailleurs », insiste-t-il.
Élevage, abattage et chaîne du froid : vers une autonomie alimentaire
Le projet va bien au-delà du maraîchage. À l’horizon 2026, la ferme prévoit :
– 10 000 poules pondeuses, avec possibilité d’extension
– 1 500 têtes de bétail, conformément aux besoins exprimés par Rio Tinto
– un abattoir moderne, répondant aux normes d’hygiène éxigées par Rio Tinto
– une boucherie moderne
– une unité de traitement du poisson
– des chambres froides sécurisées et des camions frigorifiques pour la livraison
Ces infrastructures répondent à des exigences strictes des partenaires industriels, confrontés à des problèmes d’hygiène et de conservation dans les circuits traditionnels.

Papaye, citron, avocat : diversifier pour répondre à la demande
À la demande des experts de Rio Tinto, la ferme expérimente également des cultures fruitières telles que la papaye, le citron et l’avocat. Des produits souvent considérés comme « européens », mais dont la culture locale pourrait réduire les importations et créer de nouvelles opportunités économiques.
« C’est une occasion de partager cette information avec nos parents et de changer les mentalités », affirme-t-il.
Simandou 2040 : bien plus qu’un projet minier
Pour Zoupé Zegbelemou, le projet Simandou 2040 est souvent mal compris. « Ce n’est pas seulement une mine », rappelle-t-il. Autour du projet gravitent des milliers d’emplois indirects et indirects et une demande colossale en services annexes.
Aujourd’hui :
– environ 7 000 employés consomment 21 000 repas par jour
– d’ici juin 2026, 11 000 employés sont attendus, soit 33 000 repas quotidiens
À titre d’exemple, la consommation hebdomadaire d’oignons est estimée à plus de 2 000 kg. Une opportunité immense pour les producteurs locaux.
Un appel aux entrepreneurs guinéens
Face à ces chiffres, Zoupé lance un appel clair :
« Tout le monde ne peut pas travailler à Rio Tinto mais tout le monde peut bénéficier de la chaîne de valeur. L’alimentation est une opportunité majeure. »
Il encourage les fonctionnaires, entrepreneurs du BTP, commerçants et agriculteurs à investir dans la production vivrière et pastorale, afin de créer un cycle économique indépendant, durable et local.
Vers une souveraineté alimentaire assumée
Pour lui, le développement de l’Afrique passe inévitablement par la culture alimentaire.
« L’Europe a bâti son économie sur l’agriculture. Depuis l’indépendance, nous aurions dû orienter nos parents vers la culture vivrière. Aujourd’hui encore, nous importons ce que nous pouvons produire. C’est un problème. »
Dans sa ferme de Gbouo, même le mangoustanier est en phase de production, avec déjà 100 pieds en exploitation.
Un modèle concret, local et reproductible, qui illustre comment l’agriculture moderne peut devenir un levier stratégique de développement, au cœur même des grands projets industriels guinéens.
N’zerekoré 23 décembre 2025





