Les autorités guinéennes ont officiellement demandé l’arrêt des opérations de rapatriement de leurs ressortissants depuis l’Allemagne, invoquant la nécessité de réexaminer l’accord migratoire bilatéral entré en vigueur en février 2019.
Le ministre guinéen des Affaires étrangères et des Guinéens établis à l’étranger a convoqué, lundi, le chargé d’affaires de l’ambassade d’Allemagne à Conakry. L’ambassadrice allemande étant absente pour des raisons professionnelles, c’est son adjoint qui a répondu à la convocation.
Un accord migratoire contesté
Au cœur des tensions figure un protocole d’accord signé en 2018 entre la République de Guinée et la République fédérale d’Allemagne, portant sur la coopération en matière de migration légale et irrégulière. L’accord est officiellement entré en vigueur le 7 février 2019.
Selon le chef de la diplomatie guinéenne, les autorités actuelles, dirigées par le président Mamadi Doumbouya, ont choisi depuis leur arrivée au pouvoir de ne pas appliquer pleinement cet accord. En cause, la volonté affichée de garantir « le respect de la dignité » des ressortissants guinéens concernés par les procédures de retour.
« Nous respectons chaque pays, mais nous voulons aussi que nos compatriotes bénéficient du respect de leur dignité », a déclaré le ministre, soulignant que Conakry aurait résisté pendant plusieurs années aux pressions exercées par Berlin et par l’Union européenne pour une application stricte du texte.
Une commission d’enquête annoncée
Les autorités guinéennes prévoient la mise en place d’une commission d’enquête chargée d’évaluer les conditions de rapatriement ainsi que l’ensemble du processus administratif et judiciaire ayant conduit aux expulsions récentes.
Du côté allemand, aucune objection de principe n’aurait été exprimée quant à cette initiative.
Le chargé d’affaires de l’ambassade d’Allemagne à Conakry a rappelé que les décisions d’expulsion relèvent du système judiciaire allemand et s’inscrivent dans un cadre légal strict. Il a également évoqué la possibilité de « cas spécifiques » nécessitant une analyse individuelle, tout en soulignant l’importance de lutter contre la désinformation circulant sur les réseaux sociaux.
Un dossier sensible
La question migratoire demeure un sujet sensible dans les relations entre pays européens et États d’Afrique de l’Ouest. Les accords de réadmission, souvent conclus dans le cadre de partenariats plus larges avec l’Union européenne, suscitent régulièrement des débats internes sur la souveraineté, la dignité des migrants et les conditions de retour.
La demande de suspension formulée par Conakry pourrait ainsi ouvrir une phase de renégociation diplomatique entre les deux pays, dans un contexte régional marqué par une forte mobilité migratoire et des tensions croissantes autour des politiques d’expulsion en Europe.
Conakry 24 février 2026
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