Alors que la capitale guinéenne traverse depuis plusieurs mois une crise persistante de liquidités, une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux suscite une vive polémique et alimente les débats autour de la cohésion sociale.
Dans la séquence largement partagée sur Facebook, une jeune fille affirme avec humour que « pour faire un retrait à Conakry, il faut dire “On jarama, retrait no wody” ». Une expression en langue pular qui signifie, selon elle, qu’« en ce moment à Conakry, pour retirer de l’argent, il faut parler pular ».
Si la jeune femme prononce ces mots en souriant, la vidéo n’a pas tardé à provoquer de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.
Plusieurs internautes estiment que ce type de propos peut nourrir des interprétations communautaires dans un contexte déjà marqué par des tensions liées à la crise économique et à la rareté de l’argent liquide dans les banques et les kiosques de transfert mobile.
Pour certains observateurs, cette sortie intervient à un moment sensible où les autorités appellent à la refondation de l’État et à la lutte contre l’ethnocentrisme et le régionalisme.
La rédaction de Loupeguinee.com a recueilli les réactions des citoyens guinéens qui condamnent unanimement cette sortie tout en appelant à des solutions concrètes pour sortir de la crise.
Mamadouba Camara, commerçant à Matoto
« Même si la jeune fille voulait plaisanter, ses propos peuvent être mal interprétés. La crise de liquidité touche tous les Guinéens sans distinction.
Ce n’est pas une question d’ethnie ou de langue. Dans un pays comme le nôtre, il faut faire attention aux messages que l’on diffuse sur les réseaux sociaux. »
Selon lui, les autorités devraient agir rapidement pour rassurer les citoyens.
« Le gouvernement et la Banque centrale doivent améliorer la distribution de la monnaie dans les banques et les services de mobile money. Quand il y a de l’argent disponible, ces suspicions disparaissent naturellement. »
Ibrahima Diallo, étudiant.
Pour cet étudiant, la vidéo reflète surtout le ras-le-bol des citoyens face aux difficultés de retrait.
« Les jeunes vivent une frustration réelle. On fait parfois plusieurs kiosques avant de trouver un retrait. Mais transformer cela en blague communautaire est dangereux. »
Il appelle à une régulation plus stricte du secteur.
« Les autorités doivent mieux contrôler les réseaux de mobile money pour éviter les ruptures de liquidité et sanctionner les pratiques discriminatoires s’il y en a. »
Abdoulaye Sylla, chauffeur de taxi
« La Guinée est un pays de diversité. Nous parlons plusieurs langues, mais nous sommes un seul peuple. Quand quelqu’un laisse entendre qu’il faut parler telle langue pour avoir un service, cela peut créer des tensions inutiles. »
Pour lui, les plateformes numériques doivent également jouer leur rôle.
« Il faut sensibiliser les jeunes à l’utilisation responsable des réseaux sociaux. Une simple vidéo peut provoquer de grandes incompréhensions. »
Aïssatou Barry, entrepreneure
« Je pense qu’il faut éviter toute forme de stigmatisation. Les kiosques d’Orange Money ou les banques appartiennent à des Guinéens de toutes les communautés. La crise actuelle n’a rien d’ethnique. »
Elle propose une réponse plus structurelle :
« Les autorités doivent accélérer la digitalisation des paiements et renforcer les systèmes électroniques. Moins on dépendra de l’argent liquide, moins ces crises se feront sentir. »
Mariama Kourouma, fonctionnaire
Pour elle, la priorité reste la cohésion nationale.
« Nous sommes dans une phase de refondation du pays. Cela exige de chacun un sens élevé de responsabilité. Les propos qui peuvent être perçus comme communautaires doivent être évités. »
Elle appelle également à plus de pédagogie.
« Les autorités devraient communiquer régulièrement sur les causes de la crise de liquidité et sur les mesures prises pour la résoudre. Quand les citoyens sont informés, les rumeurs circulent moins. »
Un appel à la responsabilité collective
Au-delà de la polémique, cette vidéo met en lumière les frustrations liées à la crise de liquidité qui touche actuellement la capitale guinéenne.
Les citoyens interrogés par Loupeguinee.com s’accordent sur un point : la nécessité de préserver l’unité nationale tout en trouvant rapidement des solutions pour faciliter l’accès à l’argent liquide.
Dans un contexte où les réseaux sociaux amplifient rapidement les messages, beaucoup appellent à plus de prudence dans les prises de parole publiques afin d’éviter toute interprétation susceptible de fragiliser la cohésion sociale en Guinée.
Conakry 11 mars 2026
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