À Conakry, la campagne « Pause for Purpose » entend ouvrir le débat sur la Convention de l’Union africaine sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles (AU-CEVAWG), dont plusieurs organisations dénoncent les insuffisances et réclament une approche plus inclusive avant sa ratification.
La bataille se joue aussi sur le terrain du plaidoyer. En Guinée, la Maison du Leadership et d’Accompagnement des Filles et Femmes (MALAFF-Guinée) s’apprête à lancer la campagne nationale « Pause for Purpose », consacrée à la Convention de l’Union africaine sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles.
L’initiative vise à placer le texte au cœur du débat public guinéen, alors que, selon MALAFF-Guinée, la convention reste encore peu connue du grand public, des médias et de nombreux acteurs institutionnels.
Faire connaître le texte avant sa ratification
Pour les organisations à l’origine de la campagne, la faible connaissance de l’AU-CEVAWG constitue un enjeu majeur. Elle limite, selon elles, la capacité de la société civile à participer au débat et à porter des propositions avant la ratification de la convention.
MALAFF-Guinée prévoit ainsi une conférence de presse à Conakry réunissant journalistes, organisations féministes, défenseurs des droits humains, représentants des institutions publiques, partenaires techniques et financiers ainsi que défenseures des droits des femmes.
L’objectif : expliquer le contenu et les enjeux de la convention, mais aussi présenter les recommandations portées par les organisations féministes.
Des critiques sur l’inclusivité du processus
Si l’adoption de la convention est considérée par ses promoteurs comme une avancée dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles en Afrique, des organisations féministes et de défense des droits humains pointent plusieurs limites.
Elles s’inquiètent notamment de la prise en compte jugée insuffisante des réalités vécues par les femmes et les filles les plus marginalisées. Elles soulignent également la place accordée aux organisations féministes et aux femmes concernées dans le processus d’élaboration du texte.
Le débat porte donc autant sur le contenu de la convention que sur la manière dont les femmes et les organisations qui les représentent peuvent participer à sa mise en œuvre et à son évolution.
La voix des organisations féministes
À travers « Pause for Purpose », MALAFF-Guinée entend donner davantage de visibilité aux revendications des mouvements féministes guinéens.
L’organisation annonce une approche fondée sur les droits humains et la participation directe des défenseures des droits des femmes. Les prises de parole, les présentations consacrées à l’AU-CEVAWG et la présentation des recommandations des organisations féministes doivent constituer les principaux temps forts de la rencontre.
Pour les initiateurs, l’enjeu est également médiatique : faire en sorte que la convention ne reste pas un texte réservé aux cercles institutionnels et spécialisés, mais qu’elle devienne un sujet de débat public.
Un enjeu continental
La mobilisation guinéenne s’inscrit dans un contexte africain où les violences à l’égard des femmes et des filles restent au cœur des revendications des mouvements féministes et des organisations de défense des droits humains.
En lançant cette campagne, MALAFF-Guinée souhaite donc inscrire la Guinée dans le débat continental sur l’AU-CEVAWG et faire remonter les préoccupations des organisations féministes nationales.
La conférence de presse doit ainsi servir de point de départ à une mobilisation plus large. Derrière la question de la ratification se pose une autre exigence : celle d’une convention africaine dont les politiques et les mécanismes de protection prennent davantage en compte la diversité des expériences vécues par les femmes et les filles sur le continent.
À Conakry, les organisations féministes veulent désormais faire de cette question un sujet de débat public et institutionnel.
Mbinty Soumah
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