Ce samedi 1er avril 2023, Pépé Francis Haba président de l’UGDD (l’Union Guinéenne pour la Démocratie et le Développement), par ailleurs membre de l’ANAD (Alliance Nationale pour l’Alternance et la Démocratie) s’est exprimé sur la situation sociopolitique et économique du pays.
Il s’agit entre autres de l’évolution du procès du 28 septembre, l’implication des leaders religieux dans le processus de dialogue engagé entre le gouvernement et les forces vives de Guinée, ainsi que plusieurs autres sujets.
Interview :
Loupeguine.com : Suite à l’implication des leaders religieux dans le processus de dialogue engagé entre les forces vives et le gouvernement est-ce-que vous êtes confiant quant à la réussite de ce dernier ?
Francis Haba : je pense que les leaders religieux peuvent faire entendre raison au CNRD, que la gestion d’une transition est consensuelle, qu’il ne sert à rien de la conduire de manière unilatérale… donc je pense qu’il faut saluer leur implication et continuer à leur porter confiance.
On peut même dire que leur honneur et leur crédibilité sont en jeu, s’ils réussissent ils auraient prouvé au peuple de Guinée qu’ils sont au dessus de la mêlée et qu’ils peuvent concilier les positions.
Je pense qu’il est temps pour les parties de soutenir, d’écouter les religieux et d’accepter que les positions soient rapprochées afin de discuter sereinement, d’aborder les préalables, puis toutes les activités pour le retour à l’ordre constitutionnel pour que notre pays ne plonge pas davantage.
Il est important d’ajouter que les manifestations ont été reportées que pour donner une autre chance à l’ouverture d’un dialogue franc, autonome et décisionnel.
Après avoir suivi le passage de plusieurs accusés et témoins à la la barre dans le cadre du Procès du 28 septembre, pensez-vous qu’on peut s’attendre à une réconciliation dans ce pays ?
D’abord, nous saluons les efforts du CNRD qui a permis la tenue de ce procès tant attendu. Certes la Guinée a connu beaucoup d’autres atrocités, mais il y a un début dans toute chose…
Les différentes comparutions et différents témoignages nous laissent comprendre que c’est un dossier complexe et imprévisible. De ce fait, on ne peut pas situer dès maintenant les différentes responsabilités.
Par ailleurs, je regrette l’instruction du dossier qui n’a pas été à la hauteur. Il s’agit quand-même d’un procès pénal, pourtant rarement on entend parler de preuves tangibles, de preuves matériels. Il y a des confusions. C’est paroles contre paroles.
Ainsi le tribunal doit, à travers ses expériences et le peu de preuves qu’ils vont recueillir, tout faire pour dire au peuple de Guinée ce qui s’est réellement passé au stade du 28 septembre.
S’agissant de la réconciliation nationale, je ne crois pas que ce procès aboutisse à une quelconque réconciliation car il y a eu énormément d’atrocités.
En dehors des événements du 28 septembre, il y en a beaucoup d’autres non jugés. C’est un cas sur plusieurs… Nous nous souvenons sous Alpha Condé, il y a eu des morts sur l’axe, en Guinée forestière avec les fosses communes, nous n’oublions pas les victimes du camp boiro aussi,…
Néanmoins ce procès va servir d’exemple aux futurs gouvernants, encourager la bonne gouvernance et la lutte contre l’impunité.
Détenus depuis plusieurs mois à la maison centrale de Conakry, quelle est votre réaction suite à cette détention de Kassory et Cie ?
Je suis contre la corruption, le détournement de deniers publics, l’enrichissement illicite. Pour nous, il n’est pas du tout question d’encourager la libération de personnes qui se sont rendues coupables de ces infractions… mais s’il n’y a pas de preuves palpables prouvant leur culpabilité, pour moi il ne faut pas les détenir pour des raisons uniquement politiques. Pas parce qu’il (Kassory, ndlr) est une menace… ce n’est pas le rôle d’une transition. Une transition doit être impartiale, juste, elle doit travailler pour la justice, pour l’implantation de la démocratie.
Puisqu’il y a un procès en cours, espérons qu’il soit juste et équitable.
Parlant de l’économie guinéenne, aujourd’hui comment la qualifiez-vous depuis l’avènement du CNRD au pouvoir ?
L’avènement du CNRD au pouvoir a donné une lueur d’espoir… Nous les félicitons pour la mise en place de la CRIEF et pour d’autres actions, mais malheureusement, le pays ne reçoit pas tout le potentiel de capitaux qu’il devait bénéficier pour son développement harmonieux.
Les populations sont privées jusque maintenant des retombées de la richesse de notre pays, le panier de la ménagère se dégrade davantage, la douane devient de plus en plus chère et l’incidence sur le marché est telle que les prix s’envolent. Le prix du carburant reste à un niveau très élevé.
Les populations tirent le diable par la queue. Il y a plusieurs éléments qui montrent que le pays va mal.
Il n’y a de développement que quand les populations se sentent à l’aise. Cela quelque soit le niveau de croissance de notre pays… C’est pourquoi je soicilite le retour rapide d’un gouvernement civil au pouvoir qui pour mieux orienter notre économie, pour amener les investisseurs, les partenaires techniques et financiers à investir davantage de capitaux. C’est ce qui permettra aux populations de recevoir les retombées de notre croissance.
Monsieur Haba merci pour la disponibilité.
Je t’en pris, c’est à moi de te remercier.
Interview réalisée par Marly Sall
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