En Guinée, la question de la protection des créations culturelles locales revient avec insistance au cœur du débat public. Plusieurs acteurs du secteur culturel dénoncent la présence persistante des tissus dits « Faré Yaré » lors de cérémonies officielles et d’événements culturels majeurs, qu’ils considèrent comme des imitations portant atteinte au patrimoine textile national.
Selon l’artiste-comédien et acteur culturel Honorable Mamadou Thug, cette situation perdure malgré de nombreuses alertes adressées depuis plusieurs années aux autorités et aux organisateurs d’événements. Il estime que l’utilisation de ces tissus contrefaits contribue à fragiliser les efforts des artisans guinéens qui œuvrent à la préservation et à la promotion de créations authentiques telles que le Leppi, symbole reconnu du savoir-faire textile du pays.
La polémique a refait surface lors du lancement du Festival international du Djembé au Centre culturel franco-guinéen (CCFG), où la présence de tissus controversés a de nouveau été constatée. Pour les défenseurs du patrimoine culturel, cette situation illustre le manque de vigilance dans l’organisation d’événements censés promouvoir l’identité culturelle guinéenne.
Des critiques ont également été formulées concernant l’utilisation de ces tissus lors des préparatifs de l’investiture du Président de la République. Pour plusieurs observateurs du secteur culturel, voir des produits considérés comme des copies associés à des manifestations nationales constitue un signal contradictoire dans un contexte où les autorités affichent leur volonté de valoriser les productions locales.
Au-delà de la question esthétique, les professionnels du secteur soulignent les conséquences économiques de ce phénomène. La diffusion massive de tissus imitant les créations locales est perçue comme une forme de concurrence déloyale susceptible de décourager les artisans et de réduire les revenus générés par les filières culturelles nationales.
À l’ère des réseaux sociaux, les acteurs culturels rappellent que chaque événement bénéficie désormais d’une visibilité mondiale. Les images partagées en ligne participent à la construction de l’image du pays et de son patrimoine. Dès lors, la promotion involontaire de produits contrefaits lors de cérémonies officielles peut être interprétée comme une dévalorisation du travail des créateurs locaux.
Face à cette situation, plusieurs voix appellent à une mobilisation coordonnée des institutions concernées, notamment le ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, le ministère du Commerce, ainsi que les services douaniers. L’objectif est de renforcer la lutte contre la contrefaçon et de mieux protéger les créations textiles nationales.
Pour les défenseurs du patrimoine culturel guinéen, l’enjeu dépasse la simple question du textile. Il s’agit de préserver une identité culturelle, de soutenir l’économie créative locale et de garantir le respect des droits des artisans dont le travail contribue à la richesse et à la diversité du patrimoine national.
« La protection de nos créations est un devoir collectif. Soutenir les artisans, c’est préserver l’authenticité de notre culture et transmettre cet héritage aux générations futures », plaide Mamadou Thug.
Alors que la Guinée multiplie les initiatives de promotion culturelle sur la scène internationale, la question de la valorisation des productions locales apparaît plus que jamais comme un enjeu stratégique pour la préservation de son patrimoine et le développement de son industrie culturelle.
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Moussa Sampo



