Une coalition de sept partis politiques guinéens a dénoncé vendredi ce qu’elle qualifie de « confiscation de la volonté populaire » après la publication des résultats provisoires du double scrutin législatif et communal organisé le 31 mai dernier par la Direction Générale des Élections (DGE).
Dans une déclaration de presse conjointe rendue publique à Conakry, les responsables du RPR, du NFD, du MND, de l’UNG, de l’UDIR, de la NIC et de l’UPR ont exprimé de vives inquiétudes quant à la crédibilité du processus électoral, affirmant avoir relevé de nombreuses incohérences entre les résultats officiellement proclamés et les procès-verbaux en leur possession.
Des écarts jugés inexplicables
Les partis signataires affirment disposer de documents électoraux attestant de scores largement supérieurs à ceux qui leur ont été attribués au niveau national.
L’Union pour le Développement et l’Initiative Républicaine (UDIR), par exemple, souligne que les résultats provisoires lui accordent 1 001 voix sur l’ensemble du territoire, alors qu’un procès-verbal officiel de centralisation dans la localité de Tintioulen, dans la région de Kankan, lui attribuerait à lui seul 2 366 suffrages.
Le Rassemblement pour la République (RPR) affirme également que les chiffres publiés par la DGE ne correspondent pas aux résultats consignés dans plusieurs bureaux de vote. Selon ses responsables, la seule commune urbaine de N’Zérékoré lui aurait accordé 1 711 voix, tandis que plusieurs autres localités totaliseraient près de 7 000 suffrages.
Pour les partis concernés, ces écarts constituent les indices d’une « fraude systémique » affectant l’ensemble du processus de compilation des résultats.
Des accusations de violations du code électoral
La coalition affirme également avoir constaté plusieurs manquements aux dispositions du code électoral guinéen.
Les responsables politiques dénoncent notamment l’absence d’affichage des résultats dans certains bureaux de vote ainsi que l’impossibilité pour leurs représentants de participer pleinement à la validation contradictoire des procès-verbaux de centralisation.
Selon eux, ces irrégularités auraient compromis la transparence du processus et limité les possibilités de contrôle indépendant des opérations électorales.
Les partis contestataires mettent également en avant ce qu’ils considèrent comme une preuve d’irrégularité majeure.
Selon leur déclaration, des résultats provisoires auraient été annoncés à la télévision nationale alors que certaines commissions administratives de centralisation des votes poursuivaient encore leurs travaux dans plusieurs circonscriptions, notamment à Labé et à Guéckédou.
Pour les signataires, cette situation soulève des interrogations sur l’origine et la fiabilité des chiffres publiés par l’administration électorale.
Recours devant la Cour suprême
Malgré la gravité de leurs accusations, les formations politiques concernées affirment privilégier la voie institutionnelle.
Elles indiquent avoir déposé des recours auprès de la Cour suprême afin d’obtenir un examen approfondi des résultats et des documents électoraux qu’elles disent détenir.
Deux scénarios sont avancés par les partis : soit un recomptage transparent des voix à partir des procès-verbaux officiels, soit l’annulation du scrutin et l’organisation de nouvelles élections si les autorités électorales ne sont pas en mesure d’établir la traçabilité complète des résultats.
Appel au calme
Dans leur déclaration, les responsables politiques ont appelé leurs militants et sympathisants à faire preuve de retenue et à respecter les institutions de la République.
« Ne cédons à aucune provocation », ont-ils déclaré, invitant leurs partisans à attendre les décisions de la justice tout en restant mobilisés pour la défense de la démocratie et de la transparence électorale.
La Direction Générale des Élections n’avait pas encore réagi publiquement à ces accusations au moment de la publication de cet article.
Les résultats définitifs du scrutin restent désormais suspendus à l’examen des recours déposés devant la Cour suprême, dont la décision pourrait être déterminante pour l’avenir du processus politique guinéen dans cette période post-transition.
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