Plus d’un siècle après la mort du dernier Almamy du Fouta-Djalon, Conakry réclame officiellement à Paris le retour de son crâne et de ceux de trois de ses proches. Une requête qui s’inscrit dans un mouvement plus large de restitution des restes humains et du patrimoine culturel africain conservés en Europe.
La Guinée a officiellement demandé à la France la restitution du crâne de Bokar Biro Barry, dernier Almamy du Fouta-Djalon, ainsi que de ceux de trois de ses proches. L’annonce a été faite par le ministre guinéen de la Culture, Moussa Moïse Sylla, qui a présenté cette démarche comme un acte de mémoire et de souveraineté culturelle.
Cette requête intervient dans un contexte marqué par la multiplication des demandes africaines portant sur les biens culturels et les restes humains transférés en Europe durant la période coloniale.
Après les œuvres d’art, plusieurs États du continent souhaitent désormais récupérer des dépouilles ou des fragments humains conservés dans des musées ou des collections publiques.
Une figure centrale de l’histoire guinéenn
Bokar Biro Barry occupe une place particulière dans la mémoire nationale.
Dernier dirigeant du Fouta-Djalon, il est considéré comme l’une des principales figures de la résistance à la progression des troupes françaises à la fin du XIXᵉ siècle. Sa défaite marque la disparition de l’État théocratique peul qui dominait alors une grande partie de l’actuelle Guinée.
Selon les autorités guinéennes, la restitution de ses restes permettrait de reconnaître le rôle historique de celui qui demeure, pour de nombreux Guinéens, un symbole de la lutte contre la conquête coloniale.
Un débat qui dépasse le cas guinéen
La demande formulée par Conakry s’inscrit dans une dynamique continentale.
Depuis plusieurs années, les questions liées à la restitution du patrimoine africain se sont imposées dans les relations entre les États africains et plusieurs anciennes puissances coloniales européennes.
Des restitutions d’œuvres d’art ont déjà eu lieu, tandis que plusieurs pays ont également obtenu le retour de restes humains identifiés dans les collections de musées occidentaux. Ces démarches reposent à la fois sur des considérations scientifiques, juridiques et diplomatiques, mais aussi sur une volonté de reconnaître les violences commises durant la période coloniale.
Un processus qui pourrait s’inscrire dans la durée
La demande guinéenne ouvre désormais une séquence diplomatique dont l’issue dépendra des procédures françaises en matière de restitution. L’identification, la provenance des restes et leur statut juridique constituent autant d’étapes susceptibles de prolonger les discussions entre les deux pays.
Pour Conakry, l’enjeu dépasse toutefois le seul retour de reliques historiques. Les autorités y voient une manière de réinscrire Bokar Biro dans le récit national et de participer à un mouvement plus large de réappropriation de l’histoire africaine.
Au-delà de la réponse que donnera la France, cette initiative illustre l’importance croissante des questions mémorielles dans les relations entre les anciennes puissances coloniales et les États africains.
Elle témoigne également de la volonté de plusieurs pays du continent de faire reconnaître des épisodes longtemps restés en marge des récits historiques officiels.
Moussa Sampo
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