Il voulait simplement rendre service. Un geste banal, presque insignifiant : récupérer le manteau tombé dans un caniveau. Mais à Gbessia Kassiyabounyi, à Conakry, en cette saison des pluies, un caniveau peut parfois se transformer en piège mortel.
Ce lundi 10 août 2026, Abdoulaye Camara, 12 ans, élève en classe de 4e année, a trouvé la mort après avoir été emporté par les eaux de ruissellement.
Le jeune garçon passait les vacances auprès de sa mère dans le quartier.
Comme beaucoup d’enfants durant cette période, il cherchait aussi à se rendre utile et à gagner quelques revenus en vendant des manteaux, particulièrement demandés sous les averses qui s’abattent régulièrement sur la capitale guinéenne.
Un manteau à récupérer, une vie à perdre
Selon les témoignages rapportés par Guineematin.com, le drame s’est produit alors qu’Abdoulaye tentait de récupérer le manteau d’une jeune fille tombé dans un caniveau.
Il glisse.
Puis les eaux font le reste.
En quelques instants, le petit vendeur de manteaux devient une victime de plus des eaux de ruissellement de Conakry. Emporté par le courant, il ne pourra pas être sauvé.
Son corps sera retrouvé peu après à Gbessia Port 1.
À Conakry, les caniveaux ont parfois leur propre agenda
Le drame rappelle une réalité devenue tristement familière dans la capitale guinéenne : lorsque la pluie arrive, certaines rues cessent d’être des rues pour devenir des rivières improvisées.
Les caniveaux, eux, semblent parfois avoir changé de fonction. Ils ne se contentent plus d’évacuer les eaux : ils avalent des objets, emportent des motos, piègent des passants et, dans les cas les plus tragiques, prennent des vies.
Il aura donc fallu un enfant de 12 ans, venu récupérer un simple manteau, pour rappeler une évidence : un caniveau ne devrait jamais être plus dangereux qu’une route nationale.
La scène est presque absurde. Un manteau tombe dans un fossé. Un enfant tente de le récupérer. Le fossé récupère l’enfant à sa place.
À Conakry, la saison des pluies ne fait décidément pas dans la métaphore.
Le prix d’un geste de solidarité
Abdoulaye n’est pas mort en cherchant à provoquer le danger. Il est mort en voulant aider.
Cette nuance compte.
À 12 ans, alors que beaucoup devraient encore avoir pour principale préoccupation les devoirs, les jeux et les vacances, lui vendait des manteaux et venait au secours d’une autre personne.
Son dernier geste aura été un geste de solidarité.
Son histoire pose désormais une question qui dépasse largement le quartier de Gbessia Kassiyabounyi : combien faudra-t-il encore de drames pour que les zones à risque soient réellement sécurisées pendant les grandes pluies ?
La pluie continuera de tomber. C’est son travail.
Aux villes, en revanche, de faire le leur : prévoir, aménager, entretenir et protéger.
Car lorsqu’un enfant de 12 ans disparaît dans un caniveau en voulant récupérer un manteau, ce n’est pas seulement une famille qui est endeuillée.
C’est toute une ville qui devrait regarder ses infrastructures et se demander comment un geste aussi innocent a pu devenir une condamnation à mort.
Moussa Sampo
Onetopic84@gmail.com
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