La fermeture écologique de la décharge et sa reconversion en parc urbain doivent démarrer en novembre. Un projet ambitieux qui soulève une question essentielle : comment passer des annonces administratives à une véritable renaissance environnementale ?
À Conakry, les montagnes de déchets pourraient bientôt céder la place aux espaces verts, aux promenades et aux loisirs. Du moins, si le calendrier annoncé est respecté. La décharge de Dar es Salam, symbole des défis environnementaux de la capitale guinéenne, est au cœur d’un nouveau projet de réhabilitation qui ambitionne de transformer un site pollué en parc urbain.
Le ministre de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, Aboubacar Camara, accompagné d’une délégation de son département, a été reçu en audience par le directeur de cabinet de la Primature, le Dr Daouda Kamissoko. Au centre des discussions : la fermeture écologique de la décharge et sa reconversion en espace de détente et de loisirs.
Selon les annonces faites à cette occasion, les travaux devraient débuter au début du mois de novembre et s’étendre sur une période prévisionnelle de douze mois.
Un an pour tourner la page des déchets et écrire celle de la verdure. Sur le papier, la promesse a de quoi séduire.
Mais entre la décharge d’aujourd’hui et le parc urbain de demain, il y a un chantier autrement plus complexe qu’une simple opération de nettoyage.
De la montagne de déchets au jardin public : le pari de Dar es Salam
Dans une ville confrontée aux difficultés de gestion des déchets, à la pression démographique et aux problèmes d’assainissement, la réhabilitation de Dar es Salam représente un enjeu environnemental et sanitaire majeur.
La fermeture écologique d’une décharge ne consiste pas simplement à recouvrir les ordures de terre et à planter quelques arbres pour donner au paysage un air plus présentable. Elle suppose notamment de maîtriser les risques de pollution des sols et des eaux, de gérer les émissions de gaz, de stabiliser le site et de prévoir un suivi environnemental adapté.
Autrement dit, un parc urbain ne se décrète pas : il se construit sur des garanties techniques, sanitaires et financières.
L’enjeu est donc de savoir comment les autorités comptent sécuriser le site avant de permettre aux populations d’y pratiquer des activités récréatives.
Car les enfants qui joueront demain dans ce parc, les familles qui viendront s’y détendre et les riverains qui espèrent respirer un air plus sain ne devront pas devenir les bénéficiaires involontaires d’une opération d’embellissement qui aurait négligé les risques de pollution.
La véritable réussite du projet ne se mesurera donc pas au nombre d’arbres plantés ni à la beauté des allées, mais à la capacité des travaux à réduire durablement les dangers environnementaux.
La Primature donne le ton, le terrain attend les résultats
Au cours de l’audience, le Dr Daouda Kamissoko a salué le travail accompli par le département ministériel et rappelé que la réhabilitation de Dar es Salam constitue une priorité pour le président de la République, Mamadi Doumbouya, et le Premier ministre, Amadou Oury Bah.
Le directeur de cabinet a également appelé les équipes concernées à renforcer leur coordination, tout en réaffirmant la disponibilité de la Primature à accompagner la mise en œuvre du projet.
Le message politique est clair : le dossier bénéficie d’une attention au sommet de l’État.
Mais dans la vie publique, une priorité gouvernementale ne devient une réalité que lorsque les moyens, les responsabilités et les échéances suivent les déclarations officielles.
La coordination entre les administrations est certes indispensable. Encore faut-il qu’elle se traduise par des décisions exécutées, des ressources mobilisées et un contrôle rigoureux des travaux.
À Conakry, les annonces ne manquent pas. Ce sont souvent les résultats visibles, durables et vérifiables qui font la différence.
Le lancement annoncé pour novembre constituera ainsi un premier test. Le respect du calendrier, la qualité des travaux et la transparence sur leur financement permettront de mesurer le sérieux de l’engagement.
Douze mois de travaux : le compte à rebours est lancé
Le calendrier prévisionnel annoncé par le ministre Aboubacar Camara fixe la durée des travaux à douze mois.
Cette échéance soulève plusieurs questions auxquelles les autorités devront apporter des réponses précises.
Quel est le coût global du projet ? Quel dispositif technique sera retenu pour sécuriser la décharge ? Quelles entreprises seront chargées de l’exécution des travaux ? Comment les populations riveraines seront-elles informées et associées au processus ? Enfin, quels mécanismes permettront de vérifier que le futur parc ne présente pas de risques sanitaires ?
Ces questions ne visent pas à minimiser la portée du projet. Elles rappellent, au contraire, qu’une initiative de cette ampleur mérite mieux qu’une communication institutionnelle.
La publication d’un calendrier détaillé, d’informations sur le financement et d’indicateurs permettant de suivre l’avancement du chantier contribuerait à renforcer la confiance du public.
La transparence devrait être considérée comme une composante du projet, au même titre que les travaux de réhabilitation eux-mêmes.
Car si le chantier prend du retard, si les ressources viennent à manquer ou si les exigences environnementales ne sont pas respectées, la promesse d’un parc urbain risque de rester suspendue entre deux communiqués officiels.
Le piège du ruban coupé avant la bataille gagnée
Dans de nombreux projets d’aménagement urbain, la tentation est grande de privilégier ce qui se voit : les pelouses, les allées, les bancs publics et les cérémonies d’inauguration.
Pourtant, dans le cas de Dar es Salam, l’essentiel pourrait être précisément ce qui ne se voit pas.
La gestion des eaux contaminées, le contrôle des gaz, la stabilité du terrain et le suivi de la pollution constituent des dimensions fondamentales de la réhabilitation d’une décharge. Leur prise en charge effective déterminera la viabilité du futur espace public.
Le risque serait de confondre la transformation esthétique d’un site avec sa dépollution réelle.
En d’autres termes, il ne suffira pas de donner à Dar es Salam l’apparence d’un jardin pour en faire un environnement sain.
L’État devra également prévoir les moyens nécessaires à l’entretien du futur parc. Car un espace vert inauguré avec enthousiasme, puis abandonné faute de budget, de personnel ou de maintenance, ne serait qu’une victoire provisoire sur les problèmes urbains.
La question de la pérennité mérite donc autant d’attention que celle du démarrage des travaux.
Un projet national, mais des attentes profondément locales
Pour les habitants de Conakry, la réhabilitation de Dar es Salam ne devrait pas être seulement une opération inscrite dans les priorités du pouvoir. Elle doit se traduire par une amélioration concrète de leur cadre de vie.
Moins de nuisances, une meilleure protection sanitaire, un environnement plus propre et, à terme, un nouvel espace de loisirs : voilà les bénéfices attendus.
Les populations riveraines ont également un intérêt direct à être informées des différentes phases du chantier, des mesures de protection prévues et des éventuelles restrictions d’accès au site.
Leur implication pourrait contribuer à prévenir les difficultés, à améliorer la surveillance environnementale et à garantir que le futur parc réponde aux besoins réels des usagers.
La réussite du projet dépendra donc aussi de la capacité des autorités à dépasser la seule logique administrative pour instaurer un dialogue avec les personnes directement concernées.
Après tout, un parc urbain destiné aux citoyens ne devrait pas être conçu sans tenir compte de leurs attentes.
Le véritable test commence en novembre
La reconversion de la décharge de Dar es Salam en parc urbain constitue une ambition louable pour Conakry. Elle peut contribuer à améliorer le cadre de vie, à réduire les risques environnementaux et à créer un nouvel espace de détente pour les populations.
Mais l’enthousiasme suscité par l’annonce doit s’accompagner d’une vigilance citoyenne et institutionnelle.
Le début des travaux en novembre, leur achèvement dans le délai prévisionnel de douze mois, la qualité de la réhabilitation et la sécurité sanitaire du site seront autant d’indicateurs à surveiller.
Le gouvernement a annoncé son ambition. Il lui reste à en démontrer la faisabilité et à en garantir les résultats.
Le mot de la fin : des déchets aux espaces verts, il n’y a qu’un projet… mais beaucoup de travail.
À Dar es Salam, l’histoire ne se terminera pas lorsque les engins de chantier auront quitté les lieux ni lorsque les premières pelouses auront reverdi.
Elle se terminera véritablement lorsque les habitants pourront fréquenter le site sans craindre pour leur santé, lorsque le parc sera entretenu dans la durée et lorsque les résultats seront mesurables.
D’ici là, la prudence journalistique commande de distinguer la promesse de sa réalisation.
Car dans la gestion des déchets comme dans la gouvernance publique, le plus beau parc reste celui qui existe réellement, et non celui qui fleurit uniquement dans les discours.
Moussa Sampo
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