À Labé, le futur Musée régional et Centre culturel veut faire bien plus que conserver des objets anciens. Le projet entend sauvegarder la mémoire du Fouta-Djallon, soutenir les créateurs et artisans et inscrire le patrimoine au cœur de la stratégie de développement de la Guinée.
Dans la cité de Karamoko Alpha Mo Labé, l’histoire ne manque pas. Elle se raconte dans les familles, dans les récits transmis de génération en génération, dans les pratiques culturelles, les savoir-faire artisanaux et les lieux chargés de mémoire.
Mais cette mémoire, pour une large part, reste encore dispersée.
C’est précisément à ce défi que les autorités guinéennes veulent s’attaquer avec le futur complexe culturel de Labé. Implanté dans le quartier Nadhel, le projet réunira un Musée régional et un Centre culturel sur une superficie de près de 12 000 mètres carrés.
Le chantier a été officiellement lancé par le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, en présence des autorités locales, des représentants des communautés et de plusieurs acteurs du monde culturel.
Une infrastructure, mais surtout une ambition
Sur le papier, le projet impressionne par ses dimensions. Galeries d’exposition, bibliothèque, salles de conférence, espaces d’hébergement, boutiques d’artisanat, ateliers de création et espaces paysagers doivent composer ce nouveau pôle culturel.
Mais l’ambition affichée par le gouvernement va au-delà de l’architecture.
« Un musée, c’est beaucoup plus le contenu que le contenant », a insisté Moussa Moïse Sylla.
Tout est dit. Pour le ministre, l’enjeu consiste désormais à identifier, documenter et préserver les objets, les témoignages, les savoirs et les pratiques qui constituent la mémoire culturelle de la Guinée.
Autrement dit, construire les murs ne suffira pas. Encore faudra-t-il leur donner une histoire à raconter.
Le Fouta-Djallon comme laboratoire culturel
À Labé, cette question prend une résonance particulière. La région est l’un des grands réservoirs historiques et culturels du pays.
Le maire de la commune urbaine, El Hadj Habib Bah, décrit sa ville comme une « terre de mémoire, de savoir, de culture et de tradition ». Il veut voir dans le futur musée un outil capable de rapprocher les jeunes de leur histoire, tout en offrant aux chercheurs un cadre de travail et aux visiteurs une meilleure connaissance du patrimoine du Fouta-Djallon.
L’enjeu est également économique.
Le développement de l’artisanat, du tourisme culturel et des activités créatives pourrait permettre de transformer le patrimoine en source de revenus et d’emplois, notamment pour les jeunes.
Le maire a ainsi plaidé pour un programme spécifique d’accompagnement des artisans, mais aussi pour la numérisation du patrimoine afin de rendre ces ressources accessibles au public guinéen comme aux visiteurs étrangers.
La grande bataille du numérique
La numérisation apparaît désormais comme l’un des prochains fronts de la politique culturelle guinéenne.
Le ministre a annoncé la mise en place prochaine d’un programme national de recensement, de documentation et de numérisation du patrimoine culturel.
Chercheurs et étudiants devraient être associés à cette opération dans les différentes régions du pays.
Une manière de répondre à une urgence : préserver des éléments du patrimoine parfois fragiles, dispersés ou uniquement conservés par transmission orale.
Pour la Guinée, l’enjeu est aussi de reprendre le contrôle de son propre récit patrimonial et de permettre à une nouvelle génération d’y accéder à travers les outils numériques.
L’héritage des pionniers
Le projet de Labé s’inscrit dans une histoire culturelle déjà ancienne.
Le ministre a rendu hommage à plusieurs acteurs qui ont contribué à préserver et à promouvoir le patrimoine local, notamment Zainab Bokoumantio Diallo et le professeur Bonata Dieng, associés au Musée du Fouta-Djallon.
Il a également cité l’acteur culturel Mamadou Thug, dont les initiatives ont contribué à donner une visibilité nouvelle à la scène culturelle de Labé.
Ces initiatives montrent que la politique culturelle ne se résume pas aux infrastructures publiques. Elle repose aussi sur des hommes et des femmes qui, souvent avec des moyens limités, ont maintenu vivante la création et la transmission.
« Simandou 2040 » et le pari culturel
Pour le gouvernement, le projet s’inscrit dans la vision « Simandou 2040 », qui entend faire de la culture l’un des leviers du développement économique et social.
Cette orientation traduit une évolution du discours officiel : le patrimoine n’est plus seulement présenté comme un héritage à protéger, mais comme une ressource susceptible de participer au développement du pays.
Tourisme, artisanat, recherche, industries culturelles et création artistique pourraient ainsi être davantage articulés autour des infrastructures régionales.
Labé n’est d’ailleurs pas un cas isolé. Le lancement du projet intervient après des initiatives similaires dans plusieurs autres régions, notamment à N’Zérékoré, Kankan et Mamou.
Le test sera celui de la durée
Pour MC Groupe, chargé de la réalisation du complexe, l’objectif est de respecter les délais, les normes de qualité et les exigences de sécurité.
Le gouverneur de la région de Labé, le général Boundouka Condé, a appelé les entreprises à respecter leurs engagements et qualifié le lancement du projet de « jalon historique » pour la Moyenne-Guinée.
Mais la véritable réussite du projet se mesurera après l’inauguration.
Il faudra remplir les salles, constituer les collections, former les professionnels, attirer les chercheurs, faire vivre les ateliers, soutenir les artisans et surtout intéresser les jeunes.
Car un musée vide ne préserve pas une mémoire.
À Labé, le véritable chantier commence donc bien au-delà de la première pierre. Il s’agit désormais de transformer une histoire riche en patrimoine vivant, capable de dialoguer avec le présent et de trouver sa place dans la Guinée de demain.
Bailo Bah
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