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Conakry / Métier de cirage : une activité qui appartient à un autre temps ?

Mbinty Soumah

14 janvier 2025
in societe
Conakry / Métier de cirage : une activité qui appartient à un autre temps ?

À Conakry, capitale de la Guinée, l’image des jeunes cireurs de chaussures arpentant les rues pour offrir leurs services semble peu à peu appartenir au passé.

Ces jeunes hommes, connus sous le nom de « cireurs », étaient autrefois une présence constante dans les rues de la ville. Armés de leurs brosses, de pâte à cirer et de chiffons, ils s’occupaient des chaussures des passants, apportant un éclat instantané à la ville. Mais aujourd’hui, ces jeunes se font rares, et certains habitants, comme Boubacar Diallo, un résident de Conakry, constatent leur disparition.

« Je me souviens très bien de l’époque où les cireurs étaient partout dans les rues de Conakry, surtout dans les quartiers animés comme Kaloum ou Dixinn », raconte Boubacar Diallo. « Ils étaient là dès l’aube, prêts à nettoyer, cirer et arranger les chaussures des travailleurs qui se rendaient à leurs bureaux. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’un souvenir. »

Le métier de cireur de chaussures a été, pendant des années, une forme de travail informel, mais aussi un moyen pour les jeunes d’obtenir de l’argent de poche, souvent dans des conditions précaires. Cependant, le paysage de la capitale a radicalement changé ces dernières années, avec l’émergence de nouveaux moyens de transport et de nouvelles opportunités économiques.

Le phénomène des taxis-motos : une révolution dans les transports urbains

L’un des facteurs majeurs qui a contribué à la disparition des cireurs est la prolifération des taxis-motos. Depuis quelques années, les motos-taxis ont envahi les rues de Conakry, offrant une solution de transport plus rapide et plus pratique pour de nombreux citadins. Cette révolution a non seulement modifié la manière dont les gens se déplacent, mais a aussi perturbé les activités économiques traditionnelles.

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Souleymane Camara, un jeune chauffeur de taxi-moto, explique : « Avant l’arrivée des motos, beaucoup de jeunes cherchaient des petits boulots, comme cireurs, pour gagner leur vie. Aujourd’hui, avec la moto, on peut transporter les gens rapidement, et cela devient plus rentable. »

Les jeunes qui, auparavant, se consacraient à l’entretien des chaussures ont donc trouvé de nouvelles avenues pour leur activité. L’attrait pour les motos, mais aussi l’évolution des besoins des habitants de la capitale, a modifié les priorités économiques.

L’immigration, un autre facteur déterminant

À cela s’ajoute le phénomène de l’immigration. Chaque année, de nombreux jeunes, désireux d’améliorer leur situation, quittent le pays pour chercher de meilleures opportunités à l’étranger. Le rêve d’une vie meilleure, souvent nourri par des témoignages de ceux qui ont réussi à franchir les frontières, attire de plus en plus de jeunes de Conakry. Cela a pour conséquence directe la diminution du nombre de jeunes disponibles pour exercer des métiers comme celui de cireur de chaussures.

Saliou Barry, ancien cureur de chaussures, confie que de nombreux jeunes ont cherché à quitter le pays pour tenter leur chance ailleurs. « Quand je faisais ce travail, j’étais entouré d’autres jeunes. Mais aujourd’hui, je vois de moins en moins de cireurs, et certains ont même quitté la ville à la recherche d’un meilleur avenir à l’étranger », dit-il avec un air de nostalgie.

Une transformation inévitable, mais un patrimoine à préserver ?

La disparition des cireurs de chaussures à Conakry témoigne d’une évolution sociétale plus large. Si le phénomène des taxis-motos et l’immigration ont clairement joué un rôle déterminant dans cette disparition, d’autres facteurs, tels que la digitalisation et la modernisation des services urbains, pourraient aussi influencer cette transformation.

Cependant, une question demeure : peut-on réellement dire adieu à cette activité traditionnelle qui faisait partie de la vie quotidienne à Conakry ?

Si elle semble avoir perdu de son importance, peut-être que l’histoire des cireurs fait partie intégrante du patrimoine culturel urbain et pourrait mériter d’être préservée sous une forme nouvelle, en réinventant l’emploi et en le rendant compatible avec les nouvelles dynamiques économiques.

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