Dans un entretien accordé à notre rédaction ce mercredi 2 juillet 2025, à Conakry, l’écrivaine guinéenne Mariam Goepogui, autrice du roman Destins entrelacés, a exprimé son indignation face à l’exploitation des enfants, à la recrudescence du viol, aux mutilations génitales féminines (MGF), ainsi qu’au mariage précoce. Une situation de plus en plus préoccupante, compte tenu de l’ampleur de ces phénomènes à travers le pays.
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Loupeguinee.com : Quelle est votre réaction face à l’exploitation des enfants dans notre société ?
Mme Goepogui : C’est une réalité douloureuse que l’on banalise trop souvent. Or, derrière chaque enfant vendeur ou porteur dans un marché, il y a un rêve suspendu et une innocence volée. C’est vraiment triste, et c’est pourquoi nous devons agir.
Il faut que les autorités et les personnes de bonne volonté renforcent les programmes d’aide sociale, collaborent avec les familles, et surtout créent des alternatives durables pour que les parents n’aient pas à choisir entre nourrir leur foyer et scolariser leurs enfants. L’enfant doit être à l’école, pas dans la rue. Tout enfant a droit à une éducation. Il faut que les parents prennent conscience de cette réalité. Un enfant, c’est l’avenir d’une nation.
Loupeguinee.com : Quelle est votre réaction par rapport aux violences conjugales ?
Mme Goepogui : Ces violences ne sont pas justifiables. De nombreuses femmes vivent l’enfer sous prétexte de protéger leur amour ou de préserver leur foyer. Elles cachent les bleus, effacent les cris, et restent… parce qu’on leur a appris à tenir bon. Pourtant, on ne sauve pas un couple en sacrifiant sa paix intérieure.
Et même si on en parle moins, certains hommes aussi souffrent, en silence, parce qu’on les juge s’ils osent dire qu’ils sont victimes. Il est temps qu’on écoute, vraiment. Qu’on protège, sans juger.
> « Aimer ne fait pas pleurer chaque nuit. Aimer ne fait pas trembler quand l’autre rentre. Aimer ne détruit pas. »
« Le respect, ce n’est pas un luxe. C’est la base. Sans lui, ce n’est pas un couple, c’est une prison. »
oupeguinee.com : Le viol est devenu un phénomène récurrent dans notre société. Au regard de cette situation préoccupante, que proposez-vous pour y faire face ?
Mme Goepogui : Je pense que le viol est un crime grave, destructeur, et sa récurrence dans notre société est alarmante.
Pour y faire face, il faut une approche à plusieurs niveaux : renforcer l’éducation dès le plus jeune âge sur le respect du corps et du consentement, accompagner les victimes avec humanité et professionnalisme, et surtout, appliquer rigoureusement les lois existantes.
La peur du scandale ne doit plus peser plus lourd que la justice. Il faut briser le silence, protéger, éduquer et punir les coupables.
Loupeguinee.com : Concernant les Mutilations Génitales Féminines (MGF), pensez-vous que cette violence imposée aux femmes est justifiée par la religion ?
Mme Goepogui : C’est un sujet très sensible et souvent chargé d’émotions. Les MGF sont souvent liées à des traditions plus qu’à une véritable prescription religieuse, car aucune foi ne devrait justifier la douleur. Dès qu’un acte entraîne douleur, traumatisme ou séquelles durables, il mérite d’être remis en question, quelles que soient les raisons avancées.
Il est aujourd’hui essentiel que ce débat soit mené avec respect, par les spécialistes, les autorités religieuses, les juristes, et surtout avec les femmes concernées, pour trouver des solutions qui protègent leur santé, leur dignité et leurs droits.
Et pour cela, j’ose croire que le dialogue est la clef qui ouvre la porte entre tradition et respect des droits humains.
Loupeguinee.com : Quel message souhaitez-vous transmettre aux parents concernant le mariage précoce ?
Mme Goepogui : J’aimerais dire à ces parents que je les comprends. Leur peur est réelle : peur que leurs filles ne deviennent des mères célibataires, qu’elles se « gâtent », ou qu’elles prennent des chemins hasardeux. Mais ils doivent savoir que cette peur ne doit pas fermer la porte au dialogue. Être parent, c’est aussi accepter d’écouter, de réfléchir, et parfois, de remettre en question certaines habitudes.
Marier une fille trop tôt n’est pas une solution. Le mariage ne devrait jamais être un réflexe de protection ou une réponse à la pression sociale. C’est un choix de vie, qui demande du temps, de la maturité… et surtout, le consentement.
> « Le vrai amour ne se précipite pas, il se construit avec le temps, la volonté et le consentement. »
« Donnez-leur une chance de grandir, de comprendre le monde, de faire leurs propres choix.
Les filles ne sont pas des urgences à gérer, ce sont des âmes à accompagner. »
Loupeguinee.com : Merci de répondre à nos questions.
Mme Goepogui : C’est un plaisir pour moi. Merci également.
Interview réalisée par Marliatou Sall
Conakry 3 juillet 2025
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