Au lendemain des élections législatives et communales du 31 mai, qui marquent officiellement la fin de la transition politique entamée après le coup d’État du 5 septembre 2021, le Réseau Ouest-Africain pour l’Édification de la Paix (WANEP-Guinée) a dressé un premier bilan du processus électoral.
Lors d’une conférence de presse tenue lundi à Conakry, l’organisation de la société civile a salué le comportement des électeurs et le déroulement globalement pacifique du scrutin, tout en soulignant plusieurs dysfonctionnements opérationnels et des cas localisés d’irrégularités nécessitant, selon elle, une réponse judiciaire appropriée.
Près de 600 observateurs du WANEP ont été déployés dans 294 communes à travers le pays afin de suivre le déroulement du vote.
Selon Anne Marie Souaré, porte-parole de l’organisation, plus de 6,7 millions d’électeurs, dont 52,26 % de femmes, étaient appelés aux urnes pour élire leurs représentants au niveau national et local.
« Ce scrutin constitue l’ultime étape du processus de retour à l’ordre constitutionnel », a-t-elle déclaré.
Des indicateurs globalement positifs
D’après les données recueillies par les observateurs du WANEP, le vote s’est déroulé dans le calme sur l’essentiel du territoire national. L’organisation indique que le secret du vote a été respecté dans 99 % des bureaux observés, tandis que les opérations de dépouillement ont été conduites de manière publique et consensuelle dans 98 % des cas.
Les femmes ont représenté 47 % des électeurs ayant participé au scrutin et constituaient 77 % du personnel électoral mobilisé. Le WANEP a également salué l’assistance apportée aux personnes âgées et aux personnes en situation de handicap, ainsi que la présence des forces de sécurité dans 95 % des centres de vote observés.
Plus de 3 400 alertes recensées
Malgré ce tableau globalement positif, la Salle de Situation Électorale du WANEP a enregistré 3 432 alertes durant le processus. Les régions de Labé (19,2 %), Mamou (15,73 %) et Kankan (14,48 %) concentrent la majorité des incidents signalés.
Selon l’organisation, 15 % des bureaux de vote n’ont pas ouvert à l’heure prévue et une proportion similaire a souffert de pénuries de matériel électoral, notamment d’encre indélébile, de listes d’émargement ou de documents administratifs indispensables au déroulement du vote.
Dans la région de Labé, 6 % des bureaux observés auraient connu une rupture complète des documents nécessaires au dépouillement.
Le WANEP relève également l’absence de représentants des partis politiques dans plus de 16 % des bureaux concernés par les signalements, ce qui, selon l’organisation, limite les mécanismes de contrôle multipartite du processus.
Accusations de corruption et désinformation numérique
L’organisation affirme avoir documenté des cas présumés de corruption, de pressions sur les électeurs et d’ingérences d’autorités administratives locales, notamment dans les préfectures de Siguiri et de Labé. Ces allégations, précise-t-elle, méritent des investigations judiciaires approfondies.
Le WANEP a également alerté sur les risques liés à la désinformation numérique. Sa cellule de vérification des faits affirme avoir identifié et neutralisé une vidéo manipulée à l’aide de l’intelligence artificielle montrant faussement l’effondrement d’un pont dans la préfecture de Pita lors du passage d’un candidat.
Pour l’organisation, cet incident illustre la persistance des menaces liées aux contenus trompeurs diffusés en ligne durant les périodes électorales.
Appel à la responsabilité et au respect des voies légales
À l’issue de sa déclaration préliminaire, le WANEP-Guinée a appelé les autorités à ouvrir rapidement des enquêtes sur les cas présumés de corruption signalés et à garantir la neutralité des représentants de l’État au niveau local.
L’organisation recommande également à la Direction Générale des Élections de procéder à des vérifications supplémentaires dans les bureaux où les procès-verbaux n’ont pas été affichés et de renforcer la chaîne logistique pour les prochains scrutins.
Enfin, le WANEP a félicité les citoyens guinéens pour leur comportement civique et invité l’ensemble des acteurs politiques à faire preuve de retenue dans l’attente des résultats définitifs.
« Pour tout différend, les parties prenantes doivent recourir exclusivement aux mécanismes légaux prévus par la loi », a conclu Anne Marie Souaré, appelant à préserver la paix et la stabilité du pays durant cette phase décisive du retour à l’ordre constitutionnel.
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+224623813202
Marlyatou Sall



