À l’occasion du 68ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Guinée, Hamidou Barry, président du PCDIC a livré un discours largement consacré à la transformation économique du pays. Agriculture, mines, jeunesse, infrastructures, éducation, santé et numérique figurent parmi les priorités avancées dans cette feuille de route.
Soixante-huit ans après la proclamation de l’indépendance de la Guinée, le discours de Hamidou Barry met l’accent sur une idée centrale : faire de la souveraineté politique une souveraineté également économique et sociale.
Dans son adresse aux Guinéennes et aux Guinéens à l’occasion du 2 octobre, le président du PCDIC estime que l’indépendance ne saurait se limiter à un héritage historique. Elle doit, selon lui, se traduire dans la capacité du pays à produire, transformer ses matières premières, créer des emplois et améliorer les services essentiels à la population.
« L’indépendance est une responsabilité quotidienne », affirme-t-il dans son discours, appelant à une transformation structurelle de l’économie guinéenne.
De la richesse minière à la transformation locale
Le secteur minier occupe une place importante dans cette vision. La Guinée dispose de ressources considérables, notamment en bauxite et en minerai de fer. Hamidou Barry défend une politique visant à accroître la transformation locale des matières premières et la participation des entreprises guinéennes aux chaînes de valeur.
Il présente notamment le programme Simandou 2040 comme une opportunité majeure pour les populations et pour l’industrialisation du pays.
Cette ambition rejoint d’ailleurs l’orientation affichée par les autorités guinéennes. En mars 2026, le Conseil national de la transition a adopté le cadre législatif du programme Simandou 2040, conçu comme un plan de développement couvrant la période 2026-2040. Le dispositif prévoit notamment de développer les infrastructures, l’industrialisation, la transformation locale des ressources et le capital humain.
Le gouvernement guinéen a également indiqué en 2026 que plusieurs projets associés à Simandou étaient entrés dans leur phase opérationnelle. À Boffa, la construction d’une raffinerie d’alumine portée par Chalco a notamment été lancée avec un investissement annoncé proche d’un milliard de dollars et une capacité de production prévue de 1,2 million de tonnes d’alumine par an.
Pour Hamidou Barry, l’enjeu dépasse donc l’exploitation des ressources : les revenus miniers doivent, selon lui, contribuer au financement durable des infrastructures, de l’éducation, de la santé et de l’emploi.
Agriculture : produire davantage et importer moins
Autre priorité mise en avant : l’agriculture.
Le président du PCDIC appelle à moderniser le secteur à travers la mécanisation, l’irrigation, l’accès aux semences et aux intrants, le stockage et la transformation des produits agricoles.
Il insiste également sur la nécessité de renforcer l’élevage, qu’il juge insuffisamment développé au regard des besoins du pays.
L’objectif formulé dans le discours est résumé en une formule : « produire davantage, transformer davantage et importer moins ».
Cette orientation s’inscrit dans les priorités affichées par le programme Simandou 2040, qui fait de l’agriculture, de l’industrie alimentaire et du commerce l’un de ses principaux axes de développement.
Jeunesse et formation au cœur du projet
La jeunesse constitue un autre axe majeur du discours.
Hamidou Barry appelle à rapprocher davantage la formation des besoins de l’économie, en développant l’enseignement technique, la formation professionnelle, l’apprentissage, le numérique et l’entrepreneuriat.
Son message repose sur une idée simple : un jeune formé doit pouvoir accéder à un emploi ou disposer des moyens nécessaires pour créer sa propre activité.
L’éducation est ainsi présentée comme un instrument de transformation économique autant que sociale.
Le discours réclame notamment davantage d’ingénieurs, de médecins, d’enseignants, de techniciens, d’agronomes, d’informaticiens, d’architectes, d’ouvriers qualifiés et de chercheurs.
Santé, routes, énergie et numérique
Le texte élargit cette vision aux services publics et aux infrastructures.
Dans le domaine sanitaire, Hamidou Barry plaide pour la modernisation des infrastructures, le renforcement des soins de proximité et un meilleur accès aux médicaments essentiels.
Sur les infrastructures, il insiste sur le désenclavement des zones rurales, la modernisation des transports et le développement des routes, ports, chemins de fer et plateformes logistiques.
L’énergie et l’accès à l’eau potable sont également présentés comme des conditions indispensables au développement économique. Le discours appelle par ailleurs à accélérer le recours aux énergies renouvelables, notamment le solaire et l’éolien.
Le numérique constitue enfin, selon lui, « une nouvelle frontière pour la Guinée ». La digitalisation de l’administration, l’amélioration de l’accès à Internet et l’émergence d’entreprises technologiques guinéennes sont citées parmi les priorités.
Femmes, environnement et diaspora
Le discours accorde également une place importante aux femmes, avec des appels à renforcer leur accès à la formation, au financement, à la propriété et aux opportunités économiques.
La protection contre les violences et les discriminations est également évoquée.
Sur le plan environnemental, Hamidou Barry appelle à renforcer la protection des forêts, des fleuves, des montagnes, du littoral et des terres agricoles. Il propose notamment une politique de reboisement, particulièrement dans les zones minières.
La diaspora guinéenne est, elle aussi, présentée comme une composante essentielle du développement national. Le discours appelle à renforcer les liens avec les Guinéens vivant à l’étranger afin de favoriser les investissements, les transferts de compétences et les échanges économiques.
« Une Guinée ouverte sur l’Afrique et le monde »
Sur le plan international, Hamidou Barry défend une Guinée souveraine mais ouverte aux partenariats.
Il appelle à renforcer la coopération régionale, l’intégration africaine et les relations avec les partenaires internationaux, tout en insistant sur la nécessité de préserver les intérêts nationaux.
Cette approche intervient alors que la Guinée cherche à faire de Simandou 2040 un cadre de transformation économique de long terme. Le programme officiel prévoit trois grandes phases entre 2025 et 2040, avec notamment une première période consacrée aux infrastructures, à l’agriculture, à l’énergie, à l’éducation et au tourisme, puis une montée en puissance de la transformation locale.
Un appel à « un nouveau pacte national »
Au-delà des politiques publiques, le président du PCDIC appelle à une responsabilité partagée entre l’État, les institutions, les entreprises et les citoyens.
Il cite notamment le respect des biens publics, le paiement des impôts, le respect de la loi, la protection de l’environnement et le refus de la corruption, de la violence et de la division.
Le discours s’achève sur l’idée d’une nouvelle étape historique : après l’indépendance politique obtenue le 2 octobre 1958, la Guinée devrait désormais, selon Hamidou Barry, ouvrir une nouvelle page consacrée à la production, à l’industrialisation, à l’éducation, à la jeunesse et à la souveraineté économique.
Le message s’adresse enfin aux militants et sympathisants du PCDIC et de l’ANC, avant un appel plus général à l’unité nationale.
Un discours qui met l’accent sur la mise en œuvre
Au-delà des déclarations de principe, le principal enjeu soulevé par ce discours reste celui de la mise en œuvre.
La Guinée dispose déjà d’un cadre de planification de long terme avec Simandou 2040, adopté en 2026. Les autorités ont annoncé plusieurs projets dans les secteurs minier, industriel, sanitaire et infrastructurel.
La question centrale demeure donc celle de la capacité à transformer ces ambitions en résultats mesurables pour les populations : emplois, production agricole, infrastructures, accès à l’énergie et à l’eau, qualité des services publics et transformation locale des ressources.
À travers son message du 2 octobre, Hamidou Barry inscrit ainsi le débat sur l’indépendance dans une perspective essentiellement économique et sociale : comment faire en sorte que les ressources, les compétences et les potentialités de la Guinée produisent davantage de bénéfices pour sa population ?
C’est autour de cette question que le discours appelle à ouvrir une nouvelle étape de l’histoire nationale.
Moussa Sampo
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