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Ibrahima Chérif Bah face à l’accusation de détournement : analyse d’un dossier controversé par un expert en économie et en finances publiques

24 juin 2026
in Opinion
Ibrahima Chérif Bah face à l’accusation de détournement : analyse d’un dossier controversé par un expert en économie et en finances publiques

L’affaire impliquant l’ancien Gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG), M. Ibrahima Chérif Bah, mérite d’être examinée avec la plus grande rigueur, loin des passions politiques et des approximations médiatiques.

Les accusations de détournement de deniers publics portées contre lui reposent sur un paiement de 10 millions de dollars américains effectué il y a près de trente ans dans le cadre d’une instruction émanant du Président de la République de l’époque, le Général Lansana Conté, autorité suprême de l’État et unique supérieur hiérarchique du Gouverneur.

Or, l’analyse des faits connus soulève une question essentielle : peut-on raisonnablement qualifier de détournement de fonds publics une dépense de l’État qui a été régulièrement comptabilisée, imputée au Trésor public et intégrée dans les écritures financières conformément aux règles de gestion des finances publiques ?

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À ce jour, aucun élément probant n’établit que cette opération aurait servi à l’enrichissement personnel de M. Ibrahima Chérif Bah. Pourtant, c’est précisément sur cette allégation que repose l’accusation. Plus préoccupant encore, un avocat de la partie civile a publiquement affirmé que l’ancien Gouverneur aurait reconnu les faits dans un document d’enquête qu’il n’a jamais été en mesure de produire.

Une telle démarche relève davantage de la diffamation et de la calomnie que d’une argumentation juridique fondée sur des preuves.
Au-delà de ces considérations, il convient de rappeler le fonctionnement même des procédures bancaires au sein d’une banque centrale. Contrairement à ce que certains laissent entendre, un Gouverneur ne peut pas, à lui seul, décider et exécuter un transfert international à son profit personnel.

Dans le cas d’espèce, le circuit administratif et technique comportait plusieurs niveaux de contrôle et de validation :
Visa du Gouverneur ;
Visa du Vice-Gouverneur ;
Visa du Directeur général des Affaires économiques et monétaires ;
Visa du Directeur des Changes ;
Exécution par le cadre chargé des opérations extérieures.

Ce dernier intervenant est, de surcroît, le seul détenteur du code confidentiel du système SWIFT permettant l’exécution des transferts internationaux. Ce code est régulièrement renouvelé et demeure exclusivement connu de l’agent habilité. Dans ces conditions, prétendre qu’un Gouverneur aurait pu, seul et discrètement, détourner des fonds à son profit personnel relève d’une méconnaissance profonde des mécanismes opérationnels d’une banque centrale.

Les faits disponibles conduisent donc à une conclusion simple : le paiement concerné constituait une dépense exceptionnelle de l’État, régulièrement imputée et régularisée depuis plusieurs décennies. Juridiquement comme comptablement, cette opération a déjà fait l’objet du traitement requis par les autorités compétentes de l’époque.

Une autre interrogation demeure toutefois : pourquoi cette affaire continue-t-elle de ressurgir depuis le décès du Président Lansana Conté ?
L’explication pourrait résider dans le contexte institutionnel de l’époque.

Durant son mandat à la tête de la Banque centrale, M. Ibrahima Chérif Bah s’est distingué par une gestion rigoureuse des ressources publiques et par sa volonté de mettre fin à certaines pratiques prédatrices exercées par des réseaux influents gravitant autour du pouvoir. Cette fermeté lui aurait valu de puissantes inimitiés.

Fait révélateur, il fut mis à la retraite en mars 2004 avec la mention exceptionnelle de « cesser immédiatement le travail », une mesure rarissime dans l’histoire administrative du pays. Pourtant, malgré les griefs qui lui sont aujourd’hui reprochés, aucune poursuite sérieuse n’a été engagée contre lui du vivant du Président Conté, alors même que celui-ci était l’autorité ayant ordonné l’opération en question.

Pourquoi avoir attendu un changement de régime pour remettre en avant une affaire déjà traitée ? Pourquoi ressortir périodiquement ce dossier à chaque transition politique ?

Ces questions alimentent inévitablement l’hypothèse d’un règlement de comptes. Selon plusieurs observateurs, des tentatives répétées auraient été menées sous différents régimes pour utiliser cette affaire contre l’ancien Gouverneur, sans jamais aboutir. Lors de la transition conduite par le Capitaine Moussa Dadis Camara, les explications fournies par M. Bah auraient même conduit les autorités de l’époque à considérer le dossier comme clarifié.

Dans un État de droit, la justice doit s’appuyer sur les faits, les preuves et les règles de droit, non sur les rumeurs, les ressentiments ou les campagnes de discrédit.

La crédibilité des institutions judiciaires dépend précisément de leur capacité à distinguer les responsabilités réelles des accusations infondées.

Si les éléments comptables, administratifs et procéduraux confirment que cette opération constituait une dépense publique régulièrement exécutée et qu’aucune preuve d’enrichissement personnel n’existe, alors la logique juridique commande que ce dossier soit définitivement clos.

L’histoire retiendra que M. Ibrahima Chérif Bah a consacré une grande partie de sa carrière au service de la Banque Centrale de la République de Guinée et à la préservation de la stabilité financière du pays.
Les institutions ont aujourd’hui l’occasion de mettre un terme à une controverse qui dure depuis trop longtemps et de réaffirmer le principe fondamental selon lequel nul ne peut être condamné sur la base de simples allégations.

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