Une question, en apparence simple, a récemment animé les espaces d’échanges entre les fils et filles de Kissidougou : « Qui fut le premier maire de l’histoire de Kissidougou ? »
Cette interrogation, relayée notamment par de nombreux jeunes ressortissants de la préfecture, dépasse la simple curiosité historique. Elle révèle un besoin de transmission de la mémoire collective et de compréhension de l’évolution des institutions locales depuis l’indépendance de la Guinée.
Pour y répondre avec rigueur, il convient de dépasser la seule dimension administrative et de replacer cette question dans le contexte des différentes transformations de l’État guinéen. Comprendre qui a dirigé Kissidougou suppose d’abord de comprendre comment la préfecture a été gouvernée, de 1958 à nos jours.
L’ère des Fédérations du PDG : les bâtisseurs de l’État-parti
Durant la Première République (1958-1984), la fonction de maire, telle qu’elle est connue aujourd’hui, n’existait pas au niveau préfectoral. Le territoire était organisé autour du Parti démocratique de Guinée (PDG), parti unique qui structurait l’ensemble de la vie politique nationale.
Dans chaque préfecture, l’autorité politique suprême était incarnée par le Secrétaire fédéral, élu par les représentants des sections du parti implantées dans les arrondissements (actuelles sous-préfectures). Celui-ci dirigeait le Bureau fédéral du PDG et exerçait une influence déterminante sur l’administration locale.
À Kissidougou, plusieurs personnalités ont marqué cette période.
Le premier Secrétaire fédéral fut Kissia Tounkara, considéré comme le pionnier de l’organisation politique de la préfecture. Il fut ensuite remplacé par Fara François Kamano, qui contribua à la consolidation des structures locales du parti.
La période connut également des phases de transition administrées par des Comités de salut public, notamment sous la présidence d’André Fatassi Diawara, puis de Souré Mara.
Enfin, François Fayora Mansaré fut le dernier Secrétaire fédéral de Kissidougou sous la Première République, marquant la fin d’une époque avant le changement de régime intervenu en 1984.
La Seconde République : naissance de la commune et de la fonction de maire
Le coup d’État du 3 avril 1984 marque un tournant majeur dans l’organisation institutionnelle de la Guinée. Sous la présidence du général Lansana Conté, le pays amorce progressivement un processus de décentralisation qui aboutira à la création des communes urbaines et à l’organisation des premières élections communales.
C’est dans ce contexte qu’apparaît la fonction moderne de maire.
Selon les témoignages et les archives locales, Souré Mara devient ainsi le premier maire élu de l’histoire de Kissidougou. Il est assisté de deux adjoints :
François Fayora Mansaré, Premier vice-maire ;
François Socobois Millimouno, Deuxième vice-maire.
Cette première équipe municipale illustre la continuité entre les anciens responsables de la Première République et les nouvelles institutions issues de la décentralisation.
Les principales étapes de la gouvernance municipale
Au fil des années, plusieurs responsables se sont succédé à la tête de la commune urbaine de Kissidougou :
Djigui Keïta, Président du Comité de salut public ;
Paul Keïta, maire sous le Parti de l’unité et du progrès (PUP), qui demeure à ce jour le maire ayant exercé le plus long mandat à la tête de la commune ;
Yomba Sanoh, élu maire à l’issue des consultations locales ;
Iva Sanoh, Président de la Délégation spéciale durant la période de transition ;
Marie Louise Kona Sidibé, première femme élue maire de Kissidougou, ouvrant une nouvelle page de l’histoire politique locale et illustrant les progrès réalisés en matière de représentation des femmes dans les institutions publiques.
De la centralisation politique à la gouvernance locale
L’évolution institutionnelle de Kissidougou ne constitue pas un simple changement d’appellation entre Secrétaire fédéral et maire. Elle traduit une profonde transformation de la conception du pouvoir local.
Sous la Première République, le Secrétaire fédéral incarnait avant tout l’autorité politique du parti unique. Sa mission consistait à assurer la mobilisation militante, la cohésion nationale et l’application des orientations définies par le pouvoir central.
Avec la décentralisation, le maire devient avant tout un gestionnaire des affaires locales. Sa légitimité repose sur le suffrage des citoyens et sa responsabilité s’exerce autour de questions concrètes telles que l’assainissement, l’urbanisme, les infrastructures, la fiscalité locale et les services publics de proximité.
Cette évolution marque le passage d’une gouvernance fondée sur la centralisation politique à une gouvernance orientée vers le développement local.
Le devoir de mémoire
À l’heure où les mutations politiques se poursuivent, la jeunesse de Kissidougou a tout intérêt à connaître cette histoire.
Il ne s’agit pas d’entretenir une nostalgie du passé, mais de comprendre le chemin parcouru afin de mieux préparer l’avenir. Les institutions évoluent, les hommes passent, mais la construction d’une collectivité repose toujours sur la continuité de son histoire.
Les anciens de Kissidougou rappellent régulièrement que, quelles que soient les périodes ou les régimes politiques, la paix sociale, le respect de la parole donnée, le sens de l’intérêt général et la cohésion entre les populations ont toujours constitué les véritables fondements de la cité.
Aujourd’hui encore, les descendants des anciens responsables administratifs et politiques continuent de vivre ensemble dans un esprit de fraternité, témoignant de cet héritage commun.
Conclusion
L’histoire politique de Kissidougou est riche de personnalités marquantes, de transformations institutionnelles majeures et d’expériences qui méritent d’être transmises aux générations futures.
Des premiers bâtisseurs de l’État indépendant aux responsables municipaux contemporains, chaque étape a contribué à façonner l’identité politique et administrative de la préfecture.
Préserver cette mémoire constitue un devoir collectif. Car une société qui connaît son histoire est mieux armée pour construire son avenir, renforcer son unité et relever les défis du développement.
Aimé Stéphane Mansaré
Sociologue – Expert-consultant en sciences sociales du développement
Président du Conseil d’administration d’IPCJ Guinée Coaching
Directeur général du CERFOP
Onetopic84@gmail.com
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