La nuit du jeudi 4 au vendredi 5 septembre 2025 marque, pour des millions de musulmans à travers le monde, la commémoration du Maouloud, célébration de la naissance du Prophète Muhammad (Paix et Salut sur Lui). Entre moments de recueillement, veillées spirituelles et manifestations populaires, cet événement religieux suscite autant de ferveur que de débats théologiques, notamment en Guinée, où les clivages entre courants religieux se font de plus en plus visibles.
Une célébration enracinée, mais controversée
Le Maouloud — également appelé Mawlid an-Nabi — est célébré dans de nombreuses régions du monde musulman, notamment en Afrique, en Asie du Sud, au Maghreb, et dans certaines communautés d’Europe. Les fidèles se rassemblent pour réciter le Coran, chanter des poèmes en l’honneur du Prophète, organiser des conférences religieuses et renforcer les liens communautaires autour de sa vie et de son message.
Cependant, la légitimité religieuse de cette célébration reste controversée, reflétant une diversité d’approches au sein de l’islam.
Trois grandes tendances doctrinales
D’un point de vue théologique, les savants musulmans se divisent en trois grandes tendances concernant le Maouloud :
1. Les partisans de la célébration, principalement issus des courants soufis, considèrent le Maouloud comme une manifestation d’amour envers le Prophète. Pour eux, il s’agit d’une « bonne innovation » qui permet de raviver la foi, de mieux connaître la Sira (biographie du Prophète) et d’unifier la communauté. Des figures classiques comme Imam Suyuti ou Ibn Hajar al-‘Asqalani ont soutenu cette approche.
2. Les opposants à la célébration, en majorité issus des courants salafistes et wahhabites, rejettent le Maouloud comme une innovation blâmable (bid’a). Ils rappellent que le Prophète lui-même, ses compagnons et les premières générations de musulmans ne l’ont jamais célébré, et que toute nouveauté introduite dans la religion est potentiellement source d’égarement.
Des penseurs comme Ibn Taymiyya ont critiqué cette pratique dès le XIIIe siècle.
3. Une position intermédiaire est adoptée par certains savants contemporains, qui ne la considèrent ni obligatoire ni interdite, à condition que la célébration reste conforme aux principes islamiques. Ces voix appellent à la tolérance doctrinale et à l’évitement des divisions au sein de la communauté musulmane.
En Guinée, une fracture religieuse persistante
En Guinée, pays majoritairement musulman à plus de 85 %, le Maouloud est célébré par une large partie de la population, notamment dans les cercles soufis influencés par les confréries Tijaniyya et Qadiriyya. Les mosquées et lieux publics accueillent des veillées, des chants religieux (qasidas) et des sermons exaltant les vertus prophétiques.
Mais depuis quelques années, la montée en puissance des groupes salafistes, souvent présents dans les milieux urbains et universitaires, remet en question ces pratiques. Accusant les soufis de perpétuer des innovations religieuses, ils s’opposent publiquement à la célébration du Maouloud, suscitant parfois des tensions au sein des mosquées et des familles.
Un enjeu d’unité au sein de la Oumma
Au-delà du débat théologique, la célébration du Maouloud soulève des enjeux plus larges : la coexistence des différentes interprétations de l’islam, le respect des traditions culturelles locales, et surtout, l’unité de la communauté musulmane (la Oumma).
Alors que des millions de fidèles célèbrent cette nuit bénie dans la prière et la dévotion, des voix appellent à la modération, au respect des avis divergents, et à la mise en avant des valeurs de tolérance et d’unité prônées par le Prophète lui-même.
Conakry 4 septembre 2025
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