Quand les chants, les tambours et les danses ne peuvent couvrir le poids silencieux de la séparation.
Dans les sociétés africaines, le mariage est bien plus qu’une union entre deux personnes. C’est un événement communautaire, un rite de passage sacré, où les familles s’allient, où les ancêtres sont honorés, et où les traditions se transmettent. C’est aussi un moment de grande solennité pour la femme, qui quitte sa maison natale, franchit le seuil d’un nouveau monde, et entame une nouvelle vie. À ce moment précis, malgré les chants joyeux, les danses et les bénédictions, il est fréquent de voir la mariée verser des larmes.
Pourquoi ces pleurs, en ce jour supposé être le plus heureux de sa vie ? Sont-ce des larmes de joie, de nostalgie, de peur, ou de tristesse ? Pour mieux comprendre, nous avons recueilli les témoignages de plusieurs femmes guinéennes : Yarie Soumah, Bintou Kourouma, Djena Kaba, et Penda Feindouno.
Yarie Soumah : « Ce sont des adieux voilés sous les sourires »
« J’ai pleuré le jour de mon mariage parce que je quittais la maison de ma mère. Je laissais derrière moi mes repères, mes souvenirs, mon enfance. On me disait de sourire, de danser, mais mon cœur pleurait. »
Dans de nombreuses cultures africaines, la mariée part s’installer chez son époux ou dans sa famille. Ce départ symbolise la fin d’un chapitre. Les pleurs sont souvent un mélange de douleur de la séparation et de respect pour ceux qu’on quitte.
Bintou Kourouma : « Mon cœur n’était pas prêt »
« Ce n’était pas mon choix. On m’a dit : ‘C’est un bon homme, tu vas apprendre à l’aimer’. Mais moi, je ne me sentais ni prête ni heureuse. Ce jour-là, j’ai pleuré en silence. »
Dans certains cas, la pression sociale ou familiale pousse des jeunes femmes à accepter un mariage qu’elles n’ont pas choisi. Même si cela se fait dans le cadre des traditions, les émotions réelles ne peuvent être niées.
Djena Kaba : « Trop d’émotions pour un seul jour »
« Ce jour-là, j’étais heureuse, stressée, nostalgique, curieuse, apeurée… toutes ces émotions sont montées d’un coup. J’ai pleuré parce que c’était trop. »
Le mariage, en Afrique comme ailleurs, est un bouleversement. Entre les bénédictions des aînés, les chants de la griotte, les regards de la communauté et les responsabilités futures, les émotions peuvent déborder.
Penda Feindouno : « Je savais que ma liberté allait changer de forme »
« Le mariage, pour beaucoup de femmes, n’est pas seulement une célébration. C’est un passage vers un rôle social chargé d’attentes : être épouse, mère, belle-fille, et parfois se taire. Ce jour-là, je me suis sentie prise entre deux mondes. »
Pour certaines femmes, le mariage ne représente pas forcément un épanouissement, mais une transition vers une vie faite de devoirs et d’adaptations. Les larmes deviennent alors une forme d’expression silencieuse de cette réalité.
Une tradition remplie d’émotions profondes
Dans les cultures africaines, pleurer lors du mariage ne signifie pas que l’on n’est pas heureuse. Ces larmes ont souvent une valeur symbolique : elles marquent la fin d’une vie et le début d’une autre. Elles sont une manière de saluer le passé et d’affronter l’avenir. Elles reflètent à la fois la force des liens familiaux, la charge émotionnelle du moment, et parfois, les non-dits d’un système qui laisse peu de place aux choix personnels.
Et vous, que signifient pour vous ces larmes du jour de mariage ?
Conakry-20 juin 2025
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