Le mont Kakoulima a de nouveau fait parler de lui. Mercredi dernier, un glissement de terrain dans la commune de Manéah a coûté la vie à plusieurs personnes et causé d’importants dégâts matériels.
Si les autorités parlent d’un phénomène naturel lié aux fortes pluies, d’autres y voient un signe : celui d’un passé tragique qui continue de hanter les lieux.
Selon plusieurs témoignages, c’est au pied de cette même montagne que des figures de la Guinée indépendante, parmi lesquelles le colonel Kaman Diaby, Fodéba Keita, Diawadou Barry et Karim Fofana furent contraintes de creuser leur propre tombe avant d’être exécutées par le peloton d’assassins du régime de Sékou Touré.
Ces hommes, qui avaient dit non à la domination coloniale et tout sacrifié pour l’idéal d’une Guinée libre, n’ont jamais eu droit à une sépulture digne. Leur seul crime : avoir rêvé d’une autre voie que celle imposée par le Parti-État.
Des fosses communes sous les fondations
À Conakry, dans des quartiers en pleine expansion comme Nongo, les témoignages sont tout aussi glaçants. Des enfants de victimes de la Révolution affirment que plusieurs cadres de l’administration guinéenne des années 60, dont même le premier secrétaire général de l’Organisation de l’unité africaine (OUA, aujourd’hui Union africaine), y seraient enterrés dans des fosses communes, dissimulées à la hâte.
Chaque année, des fissures apparaissent sur les murs des maisons, les sols s’affaissent. “C’est comme si la terre voulait parler”, confie un résident de Nongo.
Ce qui interroge, c’est le silence des autorités. Ces sites, marqués par la mort et la terreur, ont été urbanisés sans aucune étude historique ni considération mémorielle.
Aucun panneau, aucune stèle, aucun mémorial ne signale que des vies humaines y ont été brutalement arrachées. Au contraire, des villas s’y dressent, des commerces s’y installent, comme si rien ne s’était passé.
Une mémoire effacée, un devoir ignoré
Pour de nombreux Guinéens, cette absence de reconnaissance est une faute grave de l’État. “On ne construit pas un avenir solide sur des cadavres oubliés”, martèle A. Conté fils d’une victime. Le gouvernement, lui, reste muet.
Aucune politique publique de mémoire, aucun recensement officiel des fosses communes, aucun programme d’éducation ou de justice transitionnelle. Les rares survivants ou familles des victimes se battent seuls pour faire entendre leur vérité.
Cette négligence nourrit un sentiment d’abandon et de blessure nationale non cicatrisée. Car ces hommes assassinés, souvent jeunes, instruits, engagés, avaient incarné l’espoir d’un pays indépendant et démocratique. Leur élimination brutale et le silence persistant de l’État sur leur sort sont perçus comme une double peine.
Quelle responsabilité de l’État ?
La responsabilité de l’État guinéen est engagée à plusieurs niveaux. D’abord, pour avoir permis , voire encouragé – des constructions sur des sites sensibles, sans respect pour les morts ni consultation des historiens ou des familles.
Ensuite, pour son refus de reconnaître officiellement les crimes commis sous la Première République, et de restaurer la mémoire des victimes.
En somme, en laissant ces lieux sombrer dans l’oubli ou l’exploitation immobilière, l’État perpétue une forme d’impunité et entretient les divisions mémorielles dans la société guinéenne. Pourtant, la vérité, la justice et la mémoire sont les piliers de toute réconciliation durable.
Tant que les fosses communes resteront des fondations invisibles sous les maisons modernes, tant que les cris des martyrs resteront étouffés sous le béton, la Guinée ne pourra bâtir une nation réellement en paix avec elle-même.
Conakry 24 août 2025
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