La Guinée entre dans une phase décisive de son histoire. L’accession du Général Mamadi Doumbouya à la magistrature suprême, en tant que Président élu, a fait naître un immense espoir : celui d’un État de droit renforcé, d’une justice indépendante et d’une République respectée par tous.
Cette attente est celle de tout un peuple qui aspire à la paix, à la cohésion nationale et à l’égalité devant la loi.
Pourtant, aujourd’hui, une situation grave et préoccupante menace ces fondements. Depuis décembre 2024, un individu se réclamant artiste, bénéficiant visiblement de protections influentes, multiplie sur les réseaux sociaux des propos injurieux, outrageants et parfois ouvertement stigmatisants envers certaines composantes de la nation guinéenne. Ces faits, largement documentés et accessibles au public, constituent un danger réel pour l’unité nationale et la stabilité sociale.
En tant que citoyen, artiste et membre du Conseil National de la Transition (CNT), j’ai estimé de mon devoir républicain de saisir la justice. Une plainte formelle a été déposée auprès du Procureur de la République et de la Direction de la Police Judiciaire (DPJ). En février 2025, j’ai été auditionné dans le cadre d’une procédure que je croyais conforme aux principes de l’État de droit.
Les éléments de preuve ont ensuite été transmis à l’OPROGEM, qui a agi avec professionnalisme en procédant à l’interpellation de l’individu mis en cause. Mais contre toute attente, celui-ci a été remis en liberté moins de vingt-quatre heures plus tard, avec pour justification officieuse que « l’ordre viendrait d’en haut ».
Cette situation soulève de graves interrogations : Qui protège ces individus ? Qui permet que les lois de la République soient ainsi contournées ? Qui assume la responsabilité des fractures sociales que ces discours de haine peuvent engendrer ?
La Guinée est une nation plurielle, construite sur la coexistence pacifique de communautés diverses. Aucune notoriété, aucune couverture politique, aucun prétexte artistique ne peut justifier l’insulte, la provocation, la stigmatisation ou l’appel à la division.
Il y a plus d’un an déjà, j’avais alerté plusieurs hauts responsables de l’État, preuves à l’appui, sur la dangerosité de ces comportements. Aujourd’hui, force est de constater que l’impunité persiste, encouragée par des silences, des complaisances ou des interventions inappropriées qui affaiblissent la crédibilité de notre justice.
Rendre publique cette tribune n’est ni un acte de défiance ni une attaque personnelle. C’est un cri d’alarme citoyen face à une dérive qui menace la confiance du peuple dans ses institutions.
L’autorité morale et institutionnelle du Président de la République ne peut être associée à des pratiques contraires à la justice, à l’équité et à l’unité nationale. Une justice forte, indépendante et égale pour tous est indispensable pour accompagner sereinement la conduite des affaires publiques durant les années à venir.
Il est profondément inquiétant de constater que des fauteurs de troubles, spécialisés dans l’insulte et la provocation, semblent parfois bénéficier de plus de protection que les médecins, enseignants, agriculteurs, étudiants, artistes engagés et travailleurs honnêtes qui bâtissent la Guinée au quotidien.
Cet appel est donc solennel : nul ne doit être au-dessus des lois. La République ne peut prospérer que dans le respect strict de la justice, sans favoritisme ni interférence.
La crédibilité de l’État, l’unité nationale et l’avenir démocratique de la Guinée en dépendent.
Honorable Mohamed Lamine Diallo
Dit Mamadou Thug
Artiste comédien
Membre du Conseil National de la Transition (CNT)



