Loupeguinee
No Result
View All Result
  • Accueil
  • AFRIQUE
  • societe
  • portrait
  • confidence
  • plume à lui
  • Leboutonrouge
No Result
View All Result
  • Accueil
  • AFRIQUE
  • societe
  • portrait
  • confidence
  • plume à lui
  • Leboutonrouge
No Result
View All Result
Loupeguinee
No Result
View All Result

Quand l’histoire d’un coup d’État devient une identité politique permanente

17 septembre 2026
in Leboutonrouge
Pourquoi l’IA n’outille pas que les esprits brillants, mais rend bêtes les idiots et n’a jamais créé le génie qu’elle ne fait que refléter

Aimé Stéphane MANSARÉ
Sociologue – Expert-Consultant en Sciences sociales du développement
Directeur général du CERFOP | Président du Conseil d’administration de l’IPCJ-Guinée

« La Guinée face à la diplomatie du vocabulaire »

Le langage politique n’est jamais totalement neutre. Les mots décrivent, mais ils classent aussi. Ils peuvent restituer une réalité historique, comme ils peuvent enfermer un acteur politique dans une identité dont l’évolution institutionnelle a pourtant changé la signification.

C’est précisément la question que pose aujourd’hui la controverse née de l’emploi, par France 24, du qualificatif « putschiste » pour désigner le président guinéen Mamadi Doumbouya.

Le 16 septembre 2026, la Haute Autorité de la Communication (HAC) a mis en demeure la chaîne française à la suite d’une édition diffusée la veille, estimant que cette qualification était incompatible avec les exigences d’exactitude, d’impartialité et d’équilibre applicables au traitement de l’information en Guinée.
Le débat mérite mieux qu’un affrontement entre indignation et justification.

Il pose une question essentielle : un dirigeant ayant accédé au pouvoir par un coup d’État doit-il être désigné indéfiniment par le qualificatif correspondant à son accession initiale au pouvoir, même après une transformation institutionnelle, l’adoption d’une nouvelle Constitution et son élection à la présidence de la République ?
La réponse ne peut être seulement émotionnelle. Elle doit être historique, juridique, politique et, surtout, journalistique.
I. NOMMER LE PASSÉ SANS EFFACER LE PRÉSENT
Il faut d’abord établir un fait incontestable : Mamadi Doumbouya a pris le pouvoir en Guinée le 5 septembre 2021 à la suite du renversement du président Alpha Condé par les forces armées. Sur ce point, le terme « putsch » décrit un événement historique précis. Les médias internationaux qui rappellent cette origine ne commettent donc pas, par principe, une erreur factuelle.
Mais une difficulté différente apparaît lorsque cette qualification devient une sorte de nom propre politique permanent.
Car la Guinée de 2026 n’est plus institutionnellement celle de septembre 2021.

Le 21 septembre 2025, les autorités guinéennes ont organisé un référendum constitutionnel. La Cour suprême en a proclamé les résultats définitifs le 27 septembre : 89,38 % des suffrages exprimés en faveur du « Oui », avec une participation annoncée de 86,42 %.
Une nouvelle Constitution a ensuite été promulguée, ouvrant une nouvelle séquence institutionnelle.

La présidentielle du 28 décembre 2025 a conduit à l’élection de Mamadi Doumbouya, crédité de 86,72 % des suffrages selon les résultats provisoires rapportés par Reuters. Il a ensuite été investi président de la République en janvier 2026.
Ces faits n’effacent pas ceux de 2021.
Mais ils existent.

Et le journalisme international devrait être capable de tenir ensemble ces deux réalités : l’origine militaire du pouvoir en 2021 et son évolution institutionnelle ultérieure.
C’est précisément là que se situe le débat.
Dire aujourd’hui « le général Mamadi Doumbouya, qui a pris le pouvoir lors du coup d’État de 2021 et qui a été élu président en 2025 » restitue une trajectoire historique.
Dire simplement « le putschiste Mamadi Doumbouya », en revanche, transforme un épisode historique en identité politique permanente.
La différence peut sembler sémantique. Elle ne l’est pas.
II. L’HISTOIRE DE DE GAULLE NE JUSTIFIE PAS TOUT, MAIS ELLE INTERDIT LES RAISONNEMENTS À GÉOMÉTRIE VARIABLE

La comparaison avec Charles de Gaulle doit toutefois être maniée avec davantage de précision qu’elle ne l’est parfois dans le débat public.

En mai-juin 1958, la France traverse une crise politique majeure dans le contexte de la guerre d’Algérie. Le président René Coty fait appel à Charles de Gaulle. Le 1er juin 1958, l’Assemblée nationale investit celui-ci président du Conseil par 329 voix contre 224. Le 28 septembre, les Français approuvent par référendum la nouvelle Constitution, qui donne naissance à la Ve République. Le 21 décembre, de Gaulle est élu président par un collège électoral.

Il serait donc historiquement inexact de présenter de Gaulle comme l’équivalent juridique d’un chef militaire ayant renversé seul le pouvoir constitutionnel avant d’être ultérieurement légitimé par un vote.
La comparaison pertinente est ailleurs.
Elle concerne la capacité des sociétés politiques à requalifier un acteur et une période lorsque les institutions évoluent.
La France n’a pas passé les décennies suivantes à réduire toute la trajectoire de de Gaulle au contexte insurrectionnel et à la crise de mai 1958. Elle a intégré cette rupture à une histoire institutionnelle plus vaste : celle de la naissance de la Ve République.
La question que pose le cas guinéen est donc moins : « Pourquoi ne compare-t-on pas Doumbouya à de Gaulle ? » que celle-ci :
Pourquoi certaines trajectoires politiques sont-elles racontées dans toute leur complexité historique, tandis que d’autres sont durablement résumées par leur moment fondateur le plus controversé ?
C’est une question légitime pour la presse internationale.
III. LA LÉGITIMITÉ ÉLECTORALE NE SUPPRIME PAS L’HISTOIRE : ELLE CHANGE LE STATUT INSTITUTIONNEL

La science politique invite ici à éviter deux simplifications symétriques.
La première consisterait à dire qu’une élection efface automatiquement tout ce qui précède.

Ce serait historiquement faux.
La seconde consisterait à considérer que le passé d’un dirigeant rend juridiquement insignifiante toute transformation institutionnelle ultérieure.
Ce serait tout aussi problématique.
Max Weber distinguait notamment domination traditionnelle, domination charismatique et domination légale-rationnelle. Dans certaines trajectoires politiques, les formes de légitimité peuvent se succéder ou se combiner. La question fondamentale devient alors celle de l’institutionnalisation de l’autorité.

C’est pourquoi l’élection de 2025 doit être prise au sérieux comme un fait politique distinct du coup d’État de 2021.
Le scrutin peut être contesté politiquement, et certaines oppositions l’ont effectivement contesté. Des organisations et adversaires de M. Doumbouya ont notamment dénoncé les conditions du processus électoral et l’absence ou l’affaiblissement de certains concurrents majeurs. Ces critiques font partie du dossier et ne doivent pas être occultées.

Mais elles ne permettent pas davantage d’effacer le résultat institutionnel proclamé.

A lire aussi

Pourquoi l’IA n’outille pas que les esprits brillants, mais rend bêtes les idiots et n’a jamais créé le génie qu’elle ne fait que refléter

Délation opportuniste en Guinée : quand la calomnie devient un instrument d’ascension administrative

14 septembre 2026
Guinée : la révolution annoncée contre les démagogues, flatteurs et opportunistes

Afrique : pourquoi les peuples finissent-ils par se lasser de tous les régimes ?

12 septembre 2026
Pourquoi l’IA n’outille pas que les esprits brillants, mais rend bêtes les idiots et n’a jamais créé le génie qu’elle ne fait que refléter

Guinée : « La parole vraie ne se négocie pas avec les courtisans »

10 septembre 2026

Une presse rigoureuse doit pouvoir écrire simultanément :

Mamadi Doumbouya est l’ancien chef du pouvoir militaire issu du coup d’État de 2021 ; il est également, depuis 2026, le président élu de la République de Guinée.
Ces deux propositions ne s’annulent pas.
Elles décrivent deux moments différents d’une même trajectoire.
IV. LE VÉRITABLE ENJEU : QUI A LE POUVOIR DE NOMMER L’AFRIQUE ?
C’est ici que le débat dépasse le seul cas guinéen.

Depuis des décennies, les sciences sociales ont étudié les rapports asymétriques entre l’Afrique et les puissances extérieures. Jean-François Bayart a notamment analysé les mécanismes d’extraversion par lesquels les sociétés africaines se construisent aussi dans leurs relations avec les puissances internationales.

Le pouvoir de nommer constitue une dimension essentielle de ces rapports.
Qui décide qu’un gouvernement est une « junte », une « transition », un « régime », une « République » ?
Qui décide qu’un dirigeant est « chef de la junte », « ancien putschiste », « président élu » ou simplement « président » ?
Et surtout : à quel moment une catégorie historique cesse-t-elle d’être une description pour devenir une assignation ?
Cette interrogation concerne particulièrement les sociétés africaines, souvent racontées depuis l’extérieur à travers des catégories élaborées dans des centres de pouvoir médiatiques, diplomatiques ou académiques éloignés de leurs propres dynamiques institutionnelles.

Il serait cependant intellectuellement excessif de qualifier automatiquement cette pratique de « coloniale » chaque fois qu’un média occidental utilise le terme « putschiste ».

La presse est aussi en droit de rappeler les conditions dans lesquelles un dirigeant est arrivé au pouvoir.
Mais l’exigence doit être universelle : le rappel historique doit être exact, contextualisé et proportionné.

L’Afrique ne demande pas à être dispensée de la critique.

Elle demande à être soumise aux mêmes standards de complexité historique que les autres régions du monde.
V. LA HAC A-T-ELLE RAISON DE POSER LA QUESTION ? OUI. MAIS SA PROPRE RESPONSABILITÉ COMMENCE ICI.

La mise en demeure adressée à France 24 par la HAC constitue un acte important dans le débat sur la souveraineté informationnelle de la Guinée. L’autorité estime que l’emploi du terme « putschiste » méconnaît notamment la légitimité institutionnelle issue de l’élection présidentielle de décembre 2025.

Mais défendre cette position avec crédibilité suppose une exigence réciproque.

La souveraineté ne peut pas signifier que les institutions nationales déterminent seules les mots que les journalistes étrangers ont le droit d’employer.

La souveraineté médiatique doit plutôt signifier que la Guinée est capable de contester publiquement, juridiquement et intellectuellement une qualification qu’elle considère comme historiquement incomplète ou politiquement réductrice.
C’est une différence fondamentale.

La régulation des médias doit donc elle-même répondre à des critères de transparence, de proportionnalité, d’équité et de cohérence.

Si un média est rappelé à l’ordre pour un vocabulaire jugé inexact, les mêmes principes doivent être appliqués à tous les médias, quelle que soit leur proximité avec le pouvoir ou leur orientation éditoriale.
Une souveraineté véritable ne craint pas la contradiction.
Elle s’en nourrit.
VI. DE SEKOU TOURÉ À LA GUINÉE CONTEMPORAINE : LA SOUVERAINETÉ COMME DROIT DE SE RACONTER SOI-MÊME
Pour une génération de Guinéens attachée à l’héritage souverainiste d’Ahmed Sékou Touré, cette controverse possède naturellement une résonance particulière.

En 1958, la Guinée choisit de ne pas approuver la Constitution proposée par la France et accède à l’indépendance. Le souvenir de cette rupture demeure profondément associé à l’idée d’une souveraineté politique et symbolique assumée. Les archives françaises rappellent d’ailleurs que la Guinée fut alors le seul territoire concerné à voter « non » au référendum constitutionnel français de septembre 1958.
Cette mémoire peut nourrir une exigence contemporaine légitime : celle de ne pas laisser les autres définir seuls l’histoire politique de la Guinée.
Mais elle impose également une responsabilité.

La souveraineté n’est pas seulement le droit de refuser les catégories venues de l’extérieur.
Elle est aussi la capacité de produire ses propres catégories, ses propres recherches, ses propres archives, ses propres données et ses propres récits — y compris lorsque ceux-ci sont critiques à l’égard du pouvoir national.
VII. POUR UNE SOBRIÉTÉ NOUVELLE DU VOCABULAIRE INTERNATIONAL

La controverse France 24-HAC devrait finalement conduire à une réflexion plus large sur le langage utilisé pour décrire les transitions politiques africaines.
Un journalisme exigeant pourrait privilégier des formulations historiquement complètes :

« Mamadi Doumbouya, arrivé au pouvoir lors du coup d’État de 2021 et élu président en décembre 2025 »
ou :
« Le général Mamadi Doumbouya, ancien chef de la transition militaire et président élu en 2025 »
Ces formulations ne blanchissent pas le passé.
Elles ne légitiment pas automatiquement toutes les conditions de l’élection.
Elles ne suppriment pas les critiques de l’opposition.
Elles font simplement ce que devrait faire le journalisme : rendre compte de la totalité de la trajectoire plutôt que de réduire un acteur à une seule séquence de son histoire.

La question posée à la presse internationale n’est donc pas de savoir si elle doit être favorable ou défavorable au président guinéen.

Elle est beaucoup plus fondamentale :
peut-elle reconnaître qu’un processus politique africain est susceptible d’évoluer institutionnellement, tout en continuant à en examiner les contradictions ?
C’est là que se joue la crédibilité du regard international.
CONCLUSION — LA SOUVERAINETÉ SÉMANTIQUE EST AUSSI UNE QUESTION DE JUSTICE ÉPISTÉMIQUE

Qualifier Mamadi Doumbouya de « putschiste » n’est pas nécessairement, en soi, une erreur factuelle : son accession au pouvoir en 2021 procède bien d’un coup d’État.
Mais en faire une qualification exclusive et permanente, après l’adoption d’une nouvelle Constitution, une élection présidentielle et une investiture, pose une question légitime de précision journalistique.

Le droit et la science politique exigent ici de distinguer l’origine d’un pouvoir, son évolution institutionnelle et son statut juridique actuel.

C’est cette distinction que le débat public gagnerait à préserver.
La Guinée ne demande pas que son histoire soit sanctuarisée.
Elle demande que son histoire soit racontée dans toute sa complexité.

La presse internationale doit pouvoir critiquer les institutions guinéennes. Les autorités guinéennes doivent pouvoir contester les récits médiatiques qu’elles estiment réducteurs. Les chercheurs doivent pouvoir documenter les continuités et les ruptures. Les citoyens doivent pouvoir entendre les versions contradictoires.
C’est ainsi que se construit une véritable souveraineté.

Non pas en imposant un vocabulaire officiel au monde extérieur, mais en devenant capable de produire, défendre et confronter son propre savoir sur soi-même.

La question n’est donc finalement pas : qui a le droit de nommer la Guinée ?
La véritable question est :
la Guinée peut-elle être suffisamment souveraine pour participer elle-même, à égalité, à la définition des mots par lesquels le monde raconte son histoire ?
C’est cette bataille intellectuelle — bien plus profonde qu’une querelle de qualificatifs — qui mérite aujourd’hui d’être menée.

Onetopic84@gmail.com

+22423813202

570
ShareTweetSend

A propos de nous

Loupeeguinee.com est un site internet d’informations générales et d’analyses sur la Guinée, l’Afrique et le monde.

Notre seul but: livrer l’information réelle en temps réel. L’éthique et la déontologie sont notre ligne de conduite.
Email: onetopic84@gmail.com

Tel: 00224 623 81 32 02

Tous droits réservés Loupe Guinée 2022

No Result
View All Result
  • Accueil
  • AFRIQUE
  • societe
  • portrait
  • confidence
  • plume à lui
  • Leboutonrouge

Tous droits réservés Loupe Guinée 2022