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« L’Afrique face aux chaînes invisibles des Arabes et des Occidentaux »

5 octobre 2026
in Leboutonrouge
Pourquoi l’IA n’outille pas que les esprits brillants, mais rend bêtes les idiots et n’a jamais créé le génie qu’elle ne fait que refléter

De la traite et de la colonisation aux nouvelles formes de dépendance : que diraient nos ancêtres face à l’Afrique d’aujourd’hui ?

Dans une tribune engagée, le sociologue guinéen Aimé Stéphane Mansaré livre une réflexion critique sur l’histoire, la situation actuelle et les perspectives d’émancipation de l’Afrique et de sa diaspora.

Son interrogation centrale est formulée de manière symbolique : les générations actuelles sont-elles à la hauteur de l’héritage laissé par leurs ancêtres ?

L’auteur développe son analyse autour de trois grandes dimensions : l’histoire ancienne de l’humanité, les siècles de traite et de domination extérieure, puis les défis économiques, culturels et politiques auxquels le continent africain reste confronté.
De l’Afrique, berceau de l’humanité, à la dépendance contemporaine

S’appuyant sur les découvertes paléontologiques réalisées en Afrique, Aimé Stéphane Mansaré rappelle que le continent occupe une place fondamentale dans l’histoire des origines humaines. De Toumaï au Tchad aux découvertes d’Éthiopie, du Kenya et du Maroc, il souligne l’importance des recherches qui ont permis de mieux comprendre l’évolution de l’humanité.

Pour l’auteur, cette histoire devrait constituer un socle essentiel de la conscience collective africaine. L’Afrique, estime-t-il, ne devrait pas être présentée uniquement comme un continent confronté au sous-développement, mais également comme un espace central dans l’histoire de l’humanité.
Traites, colonisation et héritages de la domination

La deuxième partie de la tribune revient sur les différentes formes de traite et de domination qui ont marqué l’histoire du continent. L’auteur met notamment en parallèle les traites orientales et transsahariennes avec la traite atlantique, puis la colonisation européenne.

Son propos dépasse toutefois la seule dimension économique et militaire. Il insiste particulièrement sur ce qu’il considère comme une domination culturelle et intellectuelle, estimant que les sociétés africaines ont progressivement été conduites à dévaloriser certaines de leurs langues, traditions, savoirs et représentations du monde.

Cette lecture historique constitue, selon lui, l’une des clés pour comprendre certaines difficultés identitaires auxquelles sont confrontées les nouvelles générations africaines.

Le paradoxe des richesses africaines
La tribune s’intéresse ensuite à une contradiction majeure : l’abondance des ressources naturelles du continent face à la persistance de la pauvreté et de la dépendance économique dans de nombreux pays africains.

Minerais stratégiques, terres agricoles, ressources énergétiques et biodiversité représentent, selon l’auteur, d’importants leviers de développement. Pourtant, l’Afrique demeure largement insérée dans l’économie mondiale comme fournisseuse de matières premières, tandis qu’une part importante de la transformation industrielle et de la création de valeur s’effectue à l’extérieur du continent.

Pour Mansaré, sortir de ce modèle suppose de privilégier la transformation locale des ressources, l’industrialisation, le commerce intra-africain et l’intégration économique continentale, notamment à travers la Zone de libre-échange continentale africaine.
« Que diraient nos ancêtres ? »

C’est autour de cette interrogation que la dimension philosophique de la tribune prend toute son ampleur.

L’auteur imagine le regard que pourraient porter les ancêtres sur les sociétés africaines contemporaines. La question n’est pas seulement spirituelle : elle sert de métaphore pour interroger les choix politiques, économiques, culturels et intellectuels des générations actuelles.

Selon cette perspective, la véritable rupture avec les anciennes formes de domination ne réside plus seulement dans la conquête d’une indépendance politique, mais dans la capacité des Africains à reconquérir leur autonomie intellectuelle, culturelle, économique et politique.

La référence à Cheikh Anta Diop et à Joseph Ki-Zerbo vient renforcer cette idée : connaître son histoire, produire ses propres connaissances et concevoir des solutions adaptées aux réalités africaines constituent, pour l’auteur, des conditions essentielles du développement.
Quatre priorités pour une nouvelle souveraineté
La tribune propose finalement quatre grandes orientations.
Premièrement, l’éducation. L’auteur appelle à renforcer l’enseignement de l’histoire africaine et à accorder davantage de place aux langues nationales dans les systèmes éducatifs et institutionnels.
Deuxièmement, l’économie. Il préconise une transformation locale accrue des ressources africaines et une industrialisation permettant au continent de capter davantage de valeur ajoutée.
Troisièmement, la culture et la spiritualité. Il défend une réhabilitation du patrimoine africain matériel et immatériel, tout en appelant à une appropriation critique des traditions plutôt qu’à un rejet de l’extérieur.
Quatrièmement, la géopolitique. L’auteur plaide pour une plus grande unité diplomatique des États africains et pour une représentation renforcée du continent dans les instances internationales, notamment au Conseil de sécurité des Nations unies.

Une tribune pour provoquer le débat

Au-delà de certaines formulations volontairement fortes, le texte d’Aimé Stéphane Mansaré se présente avant tout comme un appel à la prise de conscience et au débat. Il invite les générations africaines à interroger les héritages historiques, les rapports de dépendance actuels et leur propre responsabilité dans la construction de l’avenir.
Son message central peut se résumer ainsi : l’émancipation de l’Afrique ne saurait être uniquement politique ; elle doit également être intellectuelle, économique, culturelle et institutionnelle.

La question des « chaînes invisibles » devient alors une métaphore de toutes les dépendances contemporaines que l’auteur appelle les nouvelles générations à identifier et à dépasser.

Pour lui, honorer la mémoire des ancêtres ne consiste donc pas seulement à commémorer le passé.

Cela signifie surtout construire un avenir dans lequel les sociétés africaines seraient davantage capables de définir elles-mêmes leurs priorités, de valoriser leurs ressources et de participer à égalité aux décisions qui façonnent le monde.

Saidou Diallo

Onetopic84@gmail.com

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