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Afrique du Sud : Kemi Seba privé de protection diplomatique, un nouveau revers avant son audience d’extradition

7 octobre 2026
in Justice
Afrique du Sud : Kemi Seba privé de protection diplomatique, un nouveau revers avant son audience d’extradition

La justice sud-africaine a rejeté, mardi 6 octobre, la demande visant à reconnaître à Kemi Seba une protection liée à son statut diplomatique nigérien. Détenu en Afrique du Sud à la demande du Bénin, l’activiste panafricaniste devra désormais attendre le 20 novembre, date à laquelle la justice examinera au fond la procédure d’extradition.

Nouveau coup dur pour Kemi Seba. La justice sud-africaine a refusé, mardi 6 octobre, de reconnaître à l’activiste franco-béninois un statut diplomatique susceptible de faire obstacle à la procédure d’extradition engagée par Cotonou.

Ses avocats soutenaient que leur client bénéficiait d’une protection diplomatique en Afrique du Sud en raison de sa nomination, en 2024, comme conseiller spécial du chef de la junte nigérienne, le général Abdourahamane Tiani. Ils invoquaient notamment le passeport diplomatique qui lui avait été délivré par Niamey.
Mais les juges sud-africains ont estimé que les éléments présentés ne permettaient pas d’établir de manière suffisamment concrète la reconnaissance de ce statut dans le cadre de la procédure en cours.
Une protection diplomatique écartée
La décision prive ainsi Kemi Seba d’un argument majeur dans sa défense. Elle signifie notamment qu’il ne pourra pas, à ce stade, opposer à la procédure d’extradition l’immunité ou la protection qu’il revendiquait au titre de ses fonctions auprès des autorités nigériennes.

Le dossier est désormais appelé à franchir une nouvelle étape. L’audience consacrée au fond de la demande d’extradition est fixée au 20 novembre.
Le Bénin réclame le retour de l’activiste afin qu’il soit poursuivi dans plusieurs affaires. Les autorités béninoises lui reprochent notamment une « apologie de crime contre l’État », une « incitation à la haine et à la violence » ainsi qu’une « incitation à la rébellion ».

Ces accusations sont liées, selon Cotonou, à des prises de position publiques de Kemi Seba en faveur des militaires impliqués dans la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025 contre le président Patrice Talon.

À ces poursuites s’ajoute un autre dossier ouvert au Bénin. Un mandat d’arrêt délivré en juin 2025 vise l’activiste pour des soupçons de « blanchiment de capitaux » et de « financement du terrorisme ». Ces deux procédures sont suivies par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet).

Une arrestation spectaculaire à Pretoria
L’affaire trouve son origine en Afrique du Sud. Kemi Seba a été arrêté le 13 avril 2026 à Pretoria, alors qu’il tentait, selon les autorités sud-africaines, de quitter clandestinement le pays.

Son visa était arrivé à expiration plusieurs semaines auparavant. Au moment de son interpellation, il se trouvait avec son fils de 18 ans et François van der Merwe, un ressortissant sud-africain présenté comme proche d’un groupuscule d’extrême droite se revendiquant suprémaciste blanc.

Les enquêteurs sud-africains affirment que les trois hommes disposaient de 318 000 rands, soit environ 16 000 euros, et se préparaient à rejoindre la frontière avec le Zimbabwe.

Selon les autorités, Kemi Seba aurait ensuite envisagé de poursuivre son trajet vers l’Europe. Une accusation que l’intéressé a toujours contestée.

Fin avril, le parquet sud-africain avait également évoqué l’hypothèse d’une préparation d’« attaques terroristes en Europe » pour justifier le maintien de l’activiste en détention. Sa défense avait rejeté catégoriquement ces accusations, dénonçant une campagne destinée, selon elle, à présenter son client comme une menace particulièrement dangereuse.

Le procès avait déjà été reporté une première fois, puis à nouveau le 23 septembre, dans l’attente de la décision sur la question du statut diplomatique.
Le passeport nigérien au cœur du bras de fer

La décision rendue à Pretoria met également en lumière la situation particulière de Kemi Seba au sein de la mouvance panafricaniste et de ses relations avec le pouvoir nigérien.

Né franco-béninois, Stellio Gilles Robert Capo Chichi, de son vrai nom, a été déchu de sa nationalité française en juillet 2024, sur fond de tensions avec Paris autour de ses positions politiques et de ses relations avec la Russie.

Il ne possède désormais que la nationalité béninoise. Mais, en août 2024, le chef de la junte nigérienne, Abdourahamane Tiani, l’avait nommé conseiller spécial et lui avait accordé un passeport diplomatique.

Quelques jours après son arrestation en Afrique du Sud, le ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, avait confirmé publiquement que Kemi Seba était bien détenteur d’un passeport diplomatique délivré par Niamey.

Reste toutefois une distinction déterminante : la possession d’un passeport diplomatique ne suffit pas nécessairement, à elle seule, à établir une immunité diplomatique opposable devant une juridiction étrangère. C’est précisément sur ce terrain que la défense de l’activiste vient de subir un revers.
Quelle réaction de Niamey ?

La prochaine question est désormais politique autant que judiciaire : le Niger interviendra-t-il pour tenter de s’opposer à une éventuelle extradition de Kemi Seba vers le Bénin ?

L’hypothèse n’est pas sans enjeu. Les relations entre Niamey et Cotonou se sont fortement dégradées depuis l’arrivée au pouvoir des régimes militaires au Sahel et les tensions régionales qui ont suivi.

Le contexte nigérien donne également un relief particulier à l’affaire. Le 15 septembre, Abdourahamane Oumarou, militant panafricaniste historique qui avait contribué à rapprocher Kemi Seba du général Tiani, a été nommé ministre de la Refondation et de la Promotion des valeurs sociales.

Son accession au gouvernement pourrait donner une nouvelle dimension aux éventuelles démarches diplomatiques de Niamey.

Pour Kemi Seba, l’enjeu est désormais clair : après avoir perdu la bataille du statut diplomatique, sa défense devra concentrer ses efforts sur l’audience du 20 novembre, qui pourrait constituer un tournant décisif dans la procédure d’extradition vers le Bénin.

D’ici là, l’affaire reste suspendue à une question centrale : l’Afrique du Sud acceptera-t-elle de remettre aux autorités béninoises un activiste dont le dossier se trouve au croisement des tensions politiques entre Cotonou, Niamey et, plus largement, des rapports de force qui traversent actuellement l’Afrique de l’Ouest ?

Saidou Diallo

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