Trois ans après une première intervention marquée par une critique des modèles de gouvernance importés en Afrique, le président guinéen Mamadi Doumbouya est revenu, mercredi 23 septembre, à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies pour présenter les principales orientations de son pays.
Élections, infrastructures, exploitation et transformation des ressources minières, programme Simandou 2040 et emploi des jeunes ont constitué les principaux axes de son intervention.
Le chef de l’État a d’emblée replacé son discours dans la continuité de celui prononcé trois ans plus tôt. À l’époque, il avait estimé que certains modèles de gouvernance appliqués au continent africain produisaient des résultats insuffisants lorsqu’ils étaient transposés sans tenir compte des réalités locales.
« J’avais dit que le modèle de gouvernance importé sans adaptation sur notre continent peine à apporter les fruits attendus par nos populations, je le maintiens », a-t-il déclaré.
Mais cette fois, Mamadi Doumbouya a voulu mettre l’accent moins sur la critique que sur le bilan de la trajectoire suivie par la Guinée. Son intervention a ainsi largement porté sur les choix politiques, économiques et sociaux que son gouvernement présente comme les fondements d’une nouvelle étape du développement national.
Élections : l’accent mis sur le financement national.
Sur le terrain politique, le président guinéen a notamment mis en avant l’organisation du cycle électoral et le financement national des opérations.
Selon lui, les élections présidentielle, législatives et communales ainsi que la mise en place des institutions qui en découlent ont été financées intégralement par les ressources du Trésor public.
« Sous le fondement de la Constitution, la République de Guinée a organisé l’intégralité de son cycle électoral direct — présidentiel, législatif, communal — et l’installation de toutes les institutions qui en découlent, financé à 100 % par le Trésor ordinaire », a-t-il affirmé.
Le chef de l’État a également assuré qu’aucun « incident significatif » impliquant les différents acteurs du processus électoral n’avait été enregistré lors de ces consultations. Il en a tiré l’idée qu’un État peut, avec ses propres moyens, organiser ce qu’il qualifie d’élections « crédibles, apaisées et transparentes ».
Mamadi Doumbouya a par ailleurs souligné plusieurs dispositions constitutionnelles qu’il présente comme destinées à renforcer la représentation des communautés, l’alternance, la participation citoyenne et la prise en compte de la diversité linguistique, religieuse et culturelle du pays.
Plus de 1 000 kilomètres de routes annoncés
Le développement des infrastructures a occupé une place importante dans le discours présidentiel.
Mamadi Doumbouya a affirmé que plus de 1 000 kilomètres de routes avaient été bitumés en moins de trois ans à travers la Guinée. Il a également évoqué la construction d’écoles et d’établissements sanitaires, ainsi que l’avancement des différents projets liés au développement du secteur minier.
Dans le domaine de la transformation des ressources, le président a notamment mentionné trois raffineries d’alumine présentées comme étant en cours de construction. Il a également annoncé l’achèvement de ce qu’il décrit comme la plus grande raffinerie d’or d’Afrique en capacité de production.
Pour le dirigeant guinéen, ces investissements doivent permettre au pays de dépasser progressivement le modèle fondé principalement sur l’exportation de matières premières et de créer davantage de valeur sur le territoire national.
Simandou 2040, au-delà du secteur minier
Le projet Simandou a constitué l’un des autres points centraux de l’intervention.
Mamadi Doumbouya a présenté Simandou 2040 comme un cadre stratégique de développement pour les quinze prochaines années. Dans sa vision, le projet ne doit pas se limiter à l’exploitation du minerai de fer, mais servir de catalyseur à une transformation plus large de l’économie guinéenne.
« Il ne s’agit pas seulement d’un projet minier, mais d’un véritable levier stratégique pour accélérer le développement des infrastructures, de l’agriculture, de l’énergie, de l’éducation et de la santé », a-t-il déclaré.
Cette approche traduit la volonté affichée par Conakry de faire des revenus et des infrastructures associés au développement minier un instrument de diversification économique et de transformation structurelle.
La jeunesse au cœur du discours économique
La question de l’emploi et de la formation des jeunes a également occupé une place importante dans le discours.
Le président guinéen a qualifié la jeunesse de « plus grande richesse » du pays et insisté sur la nécessité d’adapter les systèmes de formation aux besoins du marché du travail. Il a également plaidé pour le développement de l’entrepreneuriat et la multiplication des possibilités d’insertion professionnelle.
La Simandou Academy figure, selon lui, parmi les dispositifs susceptibles d’accompagner cette ambition en développant les compétences nécessaires aux secteurs appelés à se structurer autour des grands projets économiques du pays.
« Des modèles adaptés aux réalités nationales »
Au-delà du bilan présenté pour la Guinée, le discours de Mamadi Doumbouya a pris une dimension plus générale sur la question du développement africain.
Le président guinéen a défendu l’idée que les États devraient pouvoir s’inspirer des expériences étrangères tout en les adaptant à leur propre histoire, à leur organisation sociale et à leurs réalités culturelles.
« Lorsque les modèles de gouvernance sont adaptés aux réalités historiques, sociales et culturelles de chaque nation, plutôt qu’importés sans discernement, le développement s’accélère », a-t-il soutenu.
Pour étayer son propos, il a évoqué les trajectoires de plusieurs pays d’Asie et du Proche-Orient, qu’il considère comme des exemples d’adaptation de modèles extérieurs aux contextes nationaux.
Le président guinéen a toutefois pris soin de présenter cette approche non comme un rejet de la coopération internationale, mais comme un appel à redéfinir les modalités des partenariats entre États.
« Ce n’est pas un rejet du monde, ni de la coopération internationale, bien au contraire. C’est un appel à un partenariat gagnant-gagnant, respectueux de la souveraineté de chaque nation », a-t-il déclaré.
La Guinée veut se présenter comme un partenaire international
En conclusion, Mamadi Doumbouya a réaffirmé la volonté de la Guinée de maintenir son engagement au sein de la communauté internationale.
Il a assuré que son pays entendait rester « un partenaire fiable, ouvert et engagé », dans le respect du droit international et de la Charte des Nations unies.
« La République de Guinée avance. Elle avance avec ses propres moyens, sur la base de ses propres choix, au service de son propre peuple », a-t-il conclu.
À travers cette intervention, le chef de l’État guinéen a ainsi cherché à inscrire l’action de son gouvernement dans une vision plus large : celle d’un pays qui entend utiliser ses ressources minières, ses infrastructures et sa jeunesse comme leviers d’une transformation économique, tout en revendiquant une plus grande autonomie dans la définition de ses modèles de gouvernance et de développement.
Son discours à New York aura surtout porté un message de souveraineté et de partenariat : pour Conakry, l’enjeu n’est pas de s’éloigner de la communauté internationale, mais de participer à cette coopération en défendant des choix de développement présentés comme propres aux réalités guinéennes.
Saidou Diallo
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