Le président de la Haute Autorité de la Communication (HAC) de Guinée, Boubacar Yacine Diallo, a été élu, mardi 1er septembre, à la présidence de la Plateforme des Régulateurs de l’Audiovisuel des pays membres de l’UEMOA et de la Guinée (PRA-UEMOA-Guinée).
Son élection est intervenue à Conakry, à l’issue de la 12ᵉ Assemblée générale de l’organisation, qui réunit les principales instances de régulation audiovisuelle de l’espace ouest-africain. Il succède au Togolais Pitalounani Telou pour un mandat de deux ans.
La jeunesse et les compétences régionales au cœur du mandat
À la tête de la plateforme sous-régionale, Boubacar Yacine Diallo entend faire du renforcement des compétences et de la promotion de la relève dans les métiers des médias deux axes majeurs de son mandat.
Le responsable guinéen veut notamment inscrire son action dans une dynamique de consolidation de la profession journalistique et de rapprochement entre les régulateurs de la région.
« Que cette presse soit félicitée, qu’elle soit encouragée ! Et qu’elle sache que la dynamique d’assainissement que la HAC a entreprise n’est pas dirigée contre la presse, au contraire : c’est pour assainir les rangs des journalistes », a-t-il déclaré.
Pour lui, l’objectif est également de contribuer à restaurer la crédibilité et le respect attachés à la profession journalistique.
« Je voudrais donc rassurer la presse que ce mandat de deux ans lui est dédié », a-t-il ajouté, se disant convaincu que « la relève est parfaitement assurée ».
Investir dans les journalistes plutôt que laisser dormir les ressources
Sur le terrain opérationnel et financier, le nouveau président de la PRA-UEMOA-Guinée défend une approche centrée sur l’efficacité et l’utilisation concrète des ressources disponibles.
« Il va falloir utiliser cet argent-là (…) il ne devra pas dormir, il doit servir à quelque chose », a-t-il insisté.
Dans cette perspective, sa priorité affichée est claire : renforcer les capacités des journalistes, alors que les mutations technologiques et l’évolution rapide des modes de consommation de l’information imposent de nouvelles compétences professionnelles.
Réguler les réseaux sociaux sans censurer
L’un des principaux défis auxquels sont confrontés les régulateurs africains demeure l’encadrement des médias numériques et des réseaux sociaux.
Sur ce dossier, Boubacar Yacine Diallo mise sur la coopération entre les pays africains plutôt que sur l’importation systématique de compétences étrangères.
« L’expérience de la Guinée a prouvé que nous n’avons pas besoin d’aller chercher des compétences en dehors de notre continent », a-t-il déclaré.
Le nouveau président souhaite notamment favoriser le partage d’expériences avec les pays de la région les plus avancés en matière de régulation numérique.
L’enjeu, selon lui, consiste à parvenir à réguler sans censurer, dans un environnement où les réseaux sociaux peuvent être à la fois des outils d’information et des vecteurs de contenus préjudiciables, selon l’usage qui en est fait.
Cette approche devrait constituer l’un des dossiers structurants de son mandat, alors que l’intelligence artificielle, les plateformes numériques et les nouveaux modes de diffusion de l’information bouleversent les cadres traditionnels de régulation.
Neuf pays réunis à Conakry
La 12ᵉ Assemblée générale de la PRA-UEMOA-Guinée a rassemblé les responsables des instances de régulation de huit pays membres de l’UEMOA, aux côtés de la Guinée : le Togo, le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Sénégal, la Guinée-Bissau, la Côte d’Ivoire et le Bénin.
Le Tchad a également pris part aux travaux.
Au terme des échanges, plusieurs recommandations stratégiques ont été formulées. Leur lecture a été faite par Matar Sall, représentant le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA) du Sénégal.
Vers une régulation adaptée à l’ère numérique
À l’endroit des États, l’Assemblée générale recommande notamment d’adapter les cadres législatifs afin d’étendre les compétences des régulateurs aux plateformes numériques, aux plateformes de partage de contenus et à l’intelligence artificielle.
Pour la PRA-UEMOA-Guinée, les participants préconisent également de renforcer l’éducation aux médias et d’œuvrer à l’harmonisation des réglementations nationales afin de mieux répondre à la circulation transfrontalière des contenus.
L’Assemblée recommande par ailleurs la mise en œuvre de l’accord de collaboration avec l’UEMOA afin de favoriser l’adoption de normes communautaires et de permettre aux régulateurs de négocier directement avec les grandes plateformes numériques, notamment sur les questions de transparence des algorithmes et de modération des contenus.
Les participants ont également appelé l’UEMOA à encourager la Guinée-Bissau à garantir l’indépendance et l’autonomie financière de son Conseil national de la communication sociale.
Enfin, la régularité des travaux du Comité des juristes experts en technologies de l’information et de la communication (TIC) figure parmi les recommandations adoptées.
Une présidence sous le signe de la transformation
Avec l’élection de Boubacar Yacine Diallo, la PRA-UEMOA-Guinée ouvre un nouveau chapitre placé sous le signe de la professionnalisation des médias, de la coopération régionale et de l’adaptation de la régulation aux bouleversements numériques.
Pendant les deux prochaines années, le nouveau président devra ainsi concilier deux impératifs parfois difficiles à articuler : protéger l’espace informationnel tout en préservant la liberté de la presse et d’expression.
Un équilibre qui sera particulièrement déterminant à mesure que les réseaux sociaux, les plateformes numériques et l’intelligence artificielle prennent une place croissante dans la production et la diffusion de l’information en Afrique de l’Ouest.
Mbinty Soumah
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