Dans une analyse sociopolitique approfondie, le sociologue guinéen Aimé Stéphane Mansaré, expert-consultant en sciences sociales du développement et président du conseil d’administration d’Ipcjguinee Guineecoaching, alerte sur les effets destructeurs de la flatterie et de la courtisanerie dans les sphères du pouvoir. Selon lui, les dirigeants qui s’entourent exclusivement de fidèles complaisants prennent le risque de gouverner contre leurs meilleurs collaborateurs et, à terme, contre les intérêts mêmes des institutions qu’ils dirigent.
S’appuyant sur des références classiques de la pensée politique et sociologique, notamment Nicolas Machiavel, Max Weber, Robert Michels, Jean-François Bayart et James Freeman Clarke, l’auteur développe une réflexion sur les mécanismes qui conduisent certains responsables politiques à privilégier la loyauté apparente au détriment de la compétence.
Pour Aimé Stéphane Mansaré, la flatterie constitue une menace institutionnelle bien plus qu’un simple défaut moral. Citant Le Prince de Machiavel, il rappelle qu’un dirigeant prudent doit s’entourer de conseillers capables de lui dire la vérité, même lorsqu’elle est difficile à entendre. À défaut, explique-t-il, le pouvoir risque de s’enfermer dans une « chambre d’écho » où toute contradiction est perçue comme une hostilité.
L’analyse souligne que ce phénomène favorise une « sélection inversée » au sein des administrations. Les cadres les plus compétents se retrouvent marginalisés, tandis que les profils les plus dociles ou les plus démonstratifs dans leur soutien au chef accèdent aux responsabilités. Cette logique, estime-t-il, fragilise durablement l’efficacité de l’État en substituant les relations personnelles aux critères de performance.
Le sociologue consacre une partie importante de sa réflexion au contexte guinéen, où il observe une confusion croissante entre loyauté institutionnelle et fidélité personnelle. Selon lui, dans certains espaces administratifs et politiques, les agents sont parfois jugés davantage sur leur proximité avec le dirigeant ou leur activité sur les réseaux sociaux que sur leurs résultats professionnels.
« Un bon serviteur de l’État n’est pas nécessairement celui qui flatte le plus ; c’est celui qui produit, corrige, protège l’institution et défend la vérité, même lorsqu’elle dérange », affirme-t-il.
L’auteur applique également son analyse à l’Assemblée nationale de Guinée, estimant que cette institution, par nature pluraliste, doit rester un espace de débat et de contradiction constructive. Sans remettre en cause l’autorité de son président, Dr Dansa Kourouma, il estime que celui-ci se trouve face à un choix déterminant : céder aux pressions des cercles de courtisans ou privilégier une gouvernance fondée sur la compétence, le dialogue et la préservation des cadres expérimentés.
Aimé Stéphane Mansaré met également en garde contre l’influence de certains militants et communicants sur les réseaux sociaux qui, selon lui, cherchent parfois à transformer ces plateformes en « tribunaux de la loyauté », où toute nuance ou critique technique est assimilée à une trahison politique. Une telle dynamique, prévient-il, risque d’affaiblir les institutions en alimentant les règlements de comptes plutôt qu’en encourageant la recherche de solutions.
En conclusion, le sociologue plaide pour une redéfinition de la loyauté dans la gouvernance publique. Celle-ci, écrit-il, ne devrait pas consister à défendre systématiquement un dirigeant, mais à servir durablement les institutions de l’État. Il appelle également à instaurer une culture de l’évaluation fondée sur les résultats, à valoriser les compétences et à préserver la liberté de parole des conseillers capables d’exprimer des avis divergents.
À travers cette réflexion, Aimé Stéphane Mansaré invite les responsables publics, en Guinée comme ailleurs, à considérer la contradiction constructive non comme une menace, mais comme une condition essentielle d’une gouvernance efficace et d’un leadership durable.
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