En Guinée, les mots changent peu lorsque vient le moment de préparer la population aux difficultés économiques et sociales. Cinq ans après Ibrahima Kassory Fofana, le Premier ministre Bah Oury appelle à son tour les citoyens à se préparer à une période faite d’efforts, de résilience et de sacrifices.
Lors de la présentation du portefeuille de programmes et de projets de réforme du ministère de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale, Bah Oury a assumé un discours sans détour. « Nous avons un tournant très important. Si je dis que ces trois années à venir seront faciles, je vous aurai menti », a-t-il déclaré, estimant que la Guinée devra consentir d’importants efforts pour sortir de ses difficultés structurelles.
Le chef du gouvernement a défendu une vision selon laquelle aucun développement durable ne peut se construire sans sacrifices. « La facilité ne construit absolument rien du tout », a-t-il martelé, appelant les Guinéens à davantage d’engagement dans le travail et la production.
Le travail au cœur du discours gouvernemental
Pour illustrer son propos, Bah Oury s’est notamment arrêté sur l’activité agricole dans les zones rurales pendant la saison des pluies. Il a déploré ce qu’il considère comme un manque de dynamisme dans certaines campagnes guinéennes, comparant cette situation à celle observée le long de certains corridors routiers d’autres pays, où les terres agricoles sont davantage exploitées.
Le Premier ministre a également évoqué une anecdote attribuée à Fidel Castro lors d’un déplacement en Guinée à l’époque de Sékou Touré. Selon le récit rapporté par Bah Oury, le dirigeant cubain aurait constaté, au cours d’une longue traversée du pays, le faible nombre de personnes occupées aux travaux agricoles.
Cette référence historique lui a servi à poser une question plus contemporaine : comment un pays disposant de ressources naturelles considérables peut-il encore dépendre de l’extérieur pour satisfaire certains de ses besoins ?
Simandou, autre illustration de la problématique
Le projet Simandou, présenté comme l’un des grands leviers de transformation économique de la Guinée, s’est également retrouvé au centre du raisonnement du Premier ministre.
Bah Oury s’est interrogé sur la présence encore limitée, selon lui, de travailleurs guinéens sur certains sites liés au gigantesque projet minier. « Pourquoi nos compatriotes ne vont pas là où se trouve le travail ? », a-t-il demandé.
Derrière cette interrogation se dessine l’un des enjeux majeurs du développement guinéen : transformer l’exploitation des ressources naturelles en emplois, en compétences et en opportunités pour les populations locales.
Le Premier ministre a finalement résumé son propos par une référence biblique : « Tu mangeras à la sueur de ton front », rappelant que le développement ne saurait, selon lui, reposer uniquement sur les ressources du sous-sol ou sur les investissements extérieurs.
Un discours qui rappelle Kassory Fofana
Cette rhétorique de l’effort n’est pas nouvelle dans la communication gouvernementale guinéenne. En avril 2021, alors Premier ministre sous la présidence d’Alpha Condé, Ibrahima Kassory Fofana avait lui aussi prévenu les députés que l’année à venir ne serait pas facile pour les Guinéens.
Son discours de politique générale du 7 avril 2021 avait installé l’idée d’une période économique difficile nécessitant des efforts. Dans le débat public de l’époque, l’expression « attachez les ceintures » avait également été largement associée au discours du pouvoir.
Cinq ans plus tard, le contexte politique a profondément changé. Mais la mécanique du discours gouvernemental présente une étonnante continuité : avant de promettre des jours meilleurs, le pouvoir invite d’abord la population à accepter les contraintes du présent.
Au-delà des mots, l’épreuve des résultats
La comparaison entre les deux périodes s’arrête toutefois aux éléments de langage. Entre 2021 et 2026, la Guinée a connu des bouleversements politiques majeurs, avec le changement de régime intervenu en septembre 2021 et la mise en place d’une nouvelle architecture institutionnelle.
Le véritable enjeu pour le gouvernement Bah Oury sera donc de transformer cet appel au sacrifice en résultats tangibles. Car pour les citoyens, l’acceptation des efforts dépendra largement de leur perception de la justice de ces sacrifices et de leur capacité à constater, à terme, une amélioration concrète de leurs conditions de vie.
Dans un pays riche en ressources minières mais confronté à d’importants défis sociaux, économiques et infrastructurels, demander davantage d’efforts peut constituer un discours de mobilisation. Il comporte aussi un risque politique : celui de devenir un refrain familier si les lendemains promis tardent à se matérialiser.
D’un Premier ministre à l’autre, la Guinée semble ainsi renouer avec une même formule : les années difficiles seraient encore devant elle, et la prospérité nécessiterait d’abord patience, travail et sacrifices.
Avec leverificateur.net.
Mbinty Soumah
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