Alors que la transition politique en Guinée nourrit de fortes attentes en matière de gouvernance, la question de la sélection des futurs responsables publics revient avec insistance.
Pour de nombreux observateurs, la réussite des réformes dépendra moins des discours que de la capacité des autorités à identifier des profils compétents, expérimentés et intègres, souvent absents des cercles traditionnels du pouvoir.
Dans une analyse consacrée à la gouvernance publique, un sociologue et expert en sciences sociale estime que les mécanismes de nomination en Guinée restent largement dominés par des considérations subjectives. Selon lui, le clientélisme, les réseaux d’influence et les calculs politiques continuent de primer sur les critères de compétence, une réalité qui, d’après son analyse, perdure depuis l’indépendance en 1958 malgré les différentes réformes institutionnelles.
Rompre avec les pratiques du passé
Pour l’auteur, constituer un véritable gouvernement de rupture nécessite de dépasser les circuits habituels de recrutement des élites administratives. Il plaide pour une recherche plus large des talents, en explorant notamment les administrations publiques, les entreprises nationales, les universités, les centres de recherche ainsi que les organisations professionnelles et la société civile.
La diaspora guinéenne est également présentée comme un vivier stratégique de compétences. De nombreux cadres, ayant acquis une solide expérience à l’international, pourraient contribuer au développement du pays à condition que des mécanismes crédibles soient mis en place pour faciliter leur retour ou leur implication dans les politiques publiques.
Miser sur un recrutement transparent
L’analyse recommande l’instauration de procédures de sélection ouvertes et fondées sur des critères objectifs. Parmi les propositions figurent des appels publics à candidatures pour les postes stratégiques, la création de comités indépendants de sélection, des évaluations approfondies des compétences ainsi que des vérifications rigoureuses de l’intégrité des candidats.
Selon l’expert, les simples références administratives ne suffisent plus. Les futurs responsables devraient également être évalués sur leur capacité à résoudre des problèmes complexes, leur leadership et leur parcours professionnel, afin de garantir une administration performante.
Identifier les talents invisibles
L’une des principales difficultés soulignées réside dans l’existence de nombreux cadres qualifiés qui demeurent peu visibles sur la scène politique.
Pour les identifier, l’auteur propose une démarche proactive reposant sur une cartographie nationale des compétences, une veille stratégique permanente et un réseau de recommandations fondé sur la crédibilité plutôt que sur les affiliations politiques ou communautaires.
Cette approche, estime-t-il, permettrait de faire émerger des profils jusqu’ici écartés des responsabilités publiques malgré leurs qualifications.
Les défis d’une transition politique
L’analyse rappelle cependant que cette ambition se heurte à plusieurs obstacles majeurs. Les pressions politiques, les équilibres ethniques, la méfiance entre les acteurs institutionnels et les risques de désinformation compliquent la mise en œuvre d’un processus de recrutement véritablement impartial.
Pour répondre à ces défis, l’auteur insiste sur la nécessité d’un engagement clair des plus hautes autorités en faveur de la transparence, de la méritocratie et de la lutte contre la corruption. Il estime également indispensable de protéger les sources fiables et les lanceurs d’alerte susceptibles de signaler des profils compétents jusque-là méconnus.
Une gouvernance fondée sur le mérite
Au-delà des propositions techniques, cette réflexion relance le débat sur la modernisation de l’État guinéen. Pour son auteur, la réussite de la transition dépendra en grande partie de la capacité des dirigeants à placer les compétences, l’expérience et l’intégrité au cœur des nominations publiques.
Dans un contexte où les attentes de la population demeurent élevées, la constitution d’une équipe gouvernementale fondée sur le mérite pourrait constituer un signal fort en faveur d’une gouvernance renouvelée et d’un développement durable.
Cet article est basé sur une tribune d’analyse rédigée par Aimé Stéphane Mansaré, sociologue, expert-consultant en sciences sociales du développement et directeur général du CERFOP. Les analyses et propositions présentées relèvent de la responsabilité de leur auteur.
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