Alors que la Guinée poursuit sa transition politique et s’interroge sur son modèle de gouvernance, une nouvelle voix appelle à une rupture assumée avec les paradigmes de développement dominants.
Dans une tribune de fond, le sociologue et expert en sciences sociales du développement SAM, propose une doctrine qu’il baptise le « non-conformisme stratégique », présentée comme une alternative aux modèles institutionnels et économiques hérités de l’Occident.
Pour l’universitaire, l’Afrique subsaharienne demeure prisonnière de cadres intellectuels et politiques importés, élaborés dans un contexte historique différent du sien. Selon lui, cette dépendance conceptuelle expliquerait en partie les difficultés rencontrées par de nombreux États africains à construire des institutions performantes et des économies compétitives.
Une critique du consensus libéral
Au cœur de sa démonstration, Mansaré remet en cause ce qu’il décrit comme un « conformisme mimétique » des élites africaines, largement formées dans des universités occidentales ou au sein de programmes inspirés des standards européens et nord-américains.
Il soutient que les notions d’État de droit, de gouvernance ou encore de démocratie libérale ne constituent pas des modèles universels applicables de manière identique à toutes les sociétés.
À ses yeux, chaque nation devrait disposer de la liberté de concevoir des institutions adaptées à son histoire, à sa structure sociale et à ses priorités économiques.
Pour étayer cette thèse, il mobilise plusieurs références majeures des sciences sociales, parmi lesquelles Émile Durkheim, Melford Spiro, Karl Polanyi, Samir Amin et l’économiste sud-coréen Ha-Joon Chang, dont les travaux sur les politiques industrielles et le protectionnisme ont nourri le débat international sur les trajectoires de développement.
L’auteur cite également les expériences de Singapour, de la Corée du Sud et de la Chine comme exemples de pays ayant privilégié des stratégies nationales avant leur intégration dans l’économie mondiale.
Un programme de rupture institutionnelle
Au-delà du cadre théorique, la tribune avance plusieurs propositions destinées à transformer en profondeur l’État guinéen.
Parmi les mesures évoquées figurent une réforme du système partisan, une refonte de l’administration financière, un recrutement plus strict fondé sur le mérite dans la fonction publique, une politique renforcée de lutte contre la corruption ainsi que la création d’un nouvel indicateur national d’évaluation du développement, présenté sous le nom de « Formule II,VI,II ».
SAM défend également un rôle plus affirmé de l’État dans la conduite du développement économique et social, estimant que certaines politiques publiques nécessitent une capacité d’intervention plus importante que celle préconisée par les approches libérales classiques.
Certaines recommandations formulées dans la tribune devraient toutefois susciter des discussions parmi les universitaires, les acteurs politiques et les organisations de défense des droits humains.
L’auteur évoque notamment une restructuration du paysage politique autour de deux grands partis nationaux, une limitation du patrimoine des hauts responsables publics ou encore une réinterprétation de certaines normes institutionnelles internationales au nom de l’efficacité de l’État.
Ces propositions s’inscrivent dans un débat plus large qui traverse plusieurs pays africains, où les appels à des modèles de gouvernance davantage ancrés dans les réalités locales se heurtent aux préoccupations relatives au pluralisme politique, aux libertés publiques et aux engagements internationaux des États.
Une réflexion dans un contexte continental
La publication de cette tribune intervient alors que plusieurs gouvernements africains revendiquent une plus grande autonomie dans la définition de leurs politiques économiques, industrielles et diplomatiques.
Sur fond de remise en question des modèles de développement promus depuis les années 1990, le texte de SAM s’inscrit dans un courant de réflexion qui plaide pour un renforcement de la souveraineté économique et institutionnelle des États africains, tout en réinterrogeant les rapports entre gouvernance, développement et influence internationale.
L’auteur annonce que cette tribune constitue la première étape d’un ouvrage à paraître, intitulé Non-conformisme et perspectives de développement rapide de la Guinée, dans lequel il entend approfondir les fondements théoriques et les applications pratiques de cette doctrine.
Saidou Diallo
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