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Hafia 1 : le drame d’un immeuble qui avait prévenu avant de s’effondrer

11 août 2026
in societe
Hafia 1 : le drame d’un immeuble qui avait prévenu avant de s’effondrer

La tragédie de Hafia 1 aurait-elle pu être évitée ? Au lendemain de l’effondrement d’un immeuble R+5 en construction, qui a fait cinq morts et neuf blessés, cette question s’impose avec une gravité particulière.

Car selon plusieurs témoignages recueillis dans le quartier, le bâtiment présentait déjà des signes inquiétants plusieurs heures avant de s’effondrer. Des fissures avaient été constatées.

Le chef de chantier aurait quitté précipitamment les lieux après avoir demandé à la famille concernée d’évacuer. Le chef de quartier avait été informé. La commune également. Un responsable du service de l’habitat s’était même rendu sur place dans la soirée.
Et pourtant, personne n’a été évacué à temps.
Dans la nuit du 10 au 11 août, vers 2 heures du matin, l’immeuble s’est finalement effondré sur la maison de la famille Cissé, alors que ses occupants dormaient.

Le bilan est lourd : cinq personnes ont perdu la vie, dont une femme de 70 ans, trois jeunes garçons et une fillette de 9 ans. Neuf autres membres de la famille ont été retrouvés vivants sous les décombres et transportés à l’hôpital.
La fissure était là. Le danger aussi.
Le témoignage d’Aboubacar Sidiki Condé, voisin et proche de la famille victime, soulève de sérieuses interrogations sur la gestion de l’alerte.

Selon lui, il avait été informé dans la journée de lundi de l’apparition d’une fissure sur une partie de l’immeuble. Il s’est rendu sur place pour constater les dégâts.

Il affirme avoir demandé à voir le chef de chantier, mais celui-ci aurait déjà quitté les lieux. D’après son récit, le responsable du chantier serait parti en courant vers 14 heures, après avoir demandé à la famille d’évacuer les lieux.
Le signal d’alarme était donc donné.
Mais après le départ du chef de chantier, des supports auraient simplement été placés pour tenter de maintenir la structure.

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Une mesure qui, au regard de l’issue dramatique des événements, apparaît aujourd’hui dérisoire.
Une succession d’alertes, puis le silence
L’affaire devient encore plus préoccupante lorsque l’alerte atteint les autorités locales.

Le chef de quartier est informé. Il se déplace, constate la situation et transmet l’information à la commune.

Vers 19 heures, soit plusieurs heures avant l’effondrement, un responsable du service de l’habitat de la commune vient à son tour inspecter les lieux.
Selon Aboubacar Sidiki Condé, ce responsable constate les dégâts, mais aucune mesure immédiate d’évacuation ou de sécurisation n’est prise.
Il repart.
La nuit tombe.
La famille reste dans les environs.
Quelques heures plus tard, l’immeuble s’effondre.

Entre le premier signalement et le drame, plusieurs heures se sont écoulées. Des heures pendant lesquelles une évacuation aurait, selon les témoignages, pu être ordonnée.
C’est précisément ce laps de temps qui devra désormais être au cœur des investigations.

« Il y a eu de la négligence »
Pour Aboubacar Sidiki Condé, le problème ne réside pas dans l’absence d’alerte, mais dans l’absence de réaction à la hauteur du danger.

« Selon mon constat, il y a eu de la négligence », affirme-t-il, estimant que la responsabilité se situerait notamment au niveau de l’autorité communale.

Il reproche aux responsables concernés d’avoir constaté le danger sans prendre les mesures préventives nécessaires.
Selon son témoignage, il aurait fallu faire intervenir les services de sécurité, sécuriser le périmètre et surtout évacuer les personnes exposées.

Ces accusations devront naturellement être vérifiées par les autorités compétentes et confrontées aux explications des responsables mis en cause.
Mais elles soulèvent une question essentielle : à quoi sert une alerte si elle ne déclenche aucune action lorsque le danger devient imminent ?
Cinq morts et une question de responsabilité

Le drame de Hafia 1 ne peut être réduit à un simple accident de chantier.
Il pose la question du respect des normes de construction, de la surveillance des chantiers, de la présence effective de professionnels qualifiés, mais aussi de la capacité des autorités locales à intervenir lorsqu’un danger est signalé.

Un immeuble qui présente des fissures importantes n’est pas seulement un problème architectural. Lorsqu’il se trouve au-dessus ou à proximité d’habitations occupées, il devient une menace directe pour des vies humaines.
Et lorsque cette menace est signalée plusieurs heures avant un effondrement, la question de la prévention devient incontournable.
Pourquoi les personnes exposées n’ont-elles pas été évacuées ?
Pourquoi le périmètre n’a-t-il pas été sécurisé ?

Quelles mesures ont été prises après le constat effectué dans la soirée ?
Qui avait la responsabilité de décider d’une évacuation ?

Ce sont désormais les questions auxquelles une enquête sérieuse devra répondre.
À Hafia 1, le drame était-il évitable ?
Il serait prématuré de désigner des responsables avant les conclusions d’une enquête technique et administrative.
Mais il serait tout aussi grave de classer cette affaire parmi les accidents ordinaires.

Parce que, selon les témoignages disponibles, le bâtiment n’est pas tombé sans prévenir.
La fissure avait été constatée. Le chef de chantier aurait donné l’alerte. La famille avait été informée. Le chef de quartier avait transmis l’information. Un responsable communal avait effectué un constat.

Puis, quelques heures plus tard, cinq personnes étaient mortes.
Le véritable enjeu, désormais, n’est donc pas seulement de savoir pourquoi l’immeuble s’est effondré.
Il faudra aussi établir pourquoi personne n’a réussi à empêcher qu’il tue.

Moussa Sampo

Onetopic84@gmail.com

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