Toute victoire politique porte en elle une part de vulnérabilité. C’est la thèse développée par le sociologue Aimé Stéphane Mansaré, qui met en garde contre ce qu’il qualifie de « l’hubris du survivant », un phénomène susceptible d’affaiblir les dirigeants ayant traversé une crise politique avant de retrouver leur position de pouvoir.
Selon l’auteur, les périodes qui suivent une victoire ou une reconquête du pouvoir constituent un moment critique où le leader, soulagé d’avoir surmonté l’incertitude, devient particulièrement réceptif aux discours flatteurs de son entourage.
Cette situation favoriserait l’émergence d’un cercle de courtisans dont la principale ressource n’est ni la compétence ni les résultats, mais une loyauté affichée et une capacité à désigner des ennemis réels ou supposés.
Pour étayer son analyse, Aimé Stéphane Mansaré s’appuie sur les travaux du sociologue allemand Norbert Elias, auteur de La Société de cour.
Celui-ci décrit comment les structures gravitant autour du pouvoir tendent davantage à préserver leurs privilèges qu’à servir l’intérêt général ou l’efficacité des institutions.
Quand la victoire ouvre la voie aux courtisans
L’auteur estime que les périodes post-crise favorisent particulièrement l’influence de profils qu’il qualifie de « courtisans médiocres ». Dépourvus, selon lui, de véritable expertise ou de réalisations tangibles, ces acteurs cherchent à consolider leur position en alimentant les divisions internes et en discréditant les responsables compétents mais moins enclins à la flatterie.
Dans cette logique, une opposition s’installe progressivement entre deux catégories : les bâtisseurs silencieux, concentrés sur les résultats, et les courtisans, davantage préoccupés par la préservation de leur proximité avec le pouvoir.
Le mécanisme est connu, souligne le sociologue : faute de pouvoir se distinguer par leurs performances, certains membres de l’entourage privilégient la dénonciation, la suspicion et la personnalisation des rivalités.
Le message adressé au dirigeant reste souvent le même : ceux qui ne manifestent pas publiquement leur soutien ou qui refusent la flatterie seraient nécessairement des adversaires.
Une mécanique d’autodestruction du pouvoir
Pour Aimé Stéphane Mansaré, cette dynamique conduit progressivement le dirigeant à remplacer les compétences techniques par des profils plus dociles, au risque d’affaiblir durablement la gouvernance de ses institutions.
L’histoire politique, sur tous les continents, offre de nombreux exemples de dirigeants qui, malgré une forte légitimité initiale, se sont progressivement retrouvés coupés des réalités de leur pays. Cette rupture ne résulte pas toujours d’un manque de vision, mais d’un entourage ayant verrouillé l’accès à une information objective.
Les cellules de communication et certains cabinets deviennent alors des espaces où la délation et la flatterie prennent le pas sur l’évaluation des politiques publiques. Le dirigeant évolue dans une véritable « bulle cognitive », jusqu’au moment où la réalité finit par le rattraper. Les soutiens les plus démonstratifs sont souvent les premiers à prendre leurs distances lorsque le rapport de force change.
La compétence plutôt que la flatterie
Au-delà des situations particulières, cette réflexion se veut une leçon universelle sur l’exercice du pouvoir. Pour l’auteur, la pérennité d’un leadership repose moins sur les hommages des proches que sur la capacité du dirigeant à préserver un accès direct aux faits, à encourager le débat contradictoire et à s’entourer de femmes et d’hommes compétents.
Car l’histoire enseigne que les institutions se construisent avec des bâtisseurs, non avec des flatteurs. Le véritable défi, après une victoire, consiste à résister aux séductions de la cour pour privilégier la rigueur, la performance et l’intérêt général.
Analyse inspirée des réflexions d’Aimé Stéphane Mansaré, sociologue, expert-consultant en sciences sociales du développement.
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