Après l’élection présidentielle du 18 octobre dernier en Guinée, certains leaders politiques qui s’opposent à la réélection du professeur Alpha Condé ont fait l’objet d’arrestation. Par ailleurs, d’autres sont menacés et craignent pour leur vie. C’est le cas de monsieur Kolié Moriba Fiac ancien Directeur de Communication de l’Union Guinéenne Pour la Démocratie et le Développement (UGDD) et aujourd’hui membre du cabinet du Président. Joint au téléphone, Monsieur Kolié aujourd’hui en cavale se confie à notre rédaction et donne les raisons de sa fuite.
« M. le Journaliste, merci de faire l’effort de me joindre au téléphone.
Je suis Kolié Moriba Fiac, membre du Cabinet du Président de l’Union Guinéenne pour la Démocratie et le Développement (UGDD).
En 2018, le Secrétaire Permanent du RPG m’invite à intégrer les rangs de la mouvance présidentielle, mais je n’ai pas marqué mon accord.
En 2019, le Ministre des affaires Etrangères et des Guinéens de l’Etranger, M. Mamady Touré m’invite à représenter la Guinée aux Nations Unies à la soixante-quatorzième Session Ordinaire de l’Assemblée Générale, je n’ai pas trouvé d’objection car il s’agit de mon pays. Si leur plan était de me séduire, c’était très mal me connaitre.
Après trois mois et demi, je quitte New York le 5 janvier pour rejoindre Conakry le 6 Janvier 2020.
Le Secrétaire permanent du Rassemblement du Peuple de Guinée(RPG), en l’occurrence M.CONDE, est revenu à la charge, donc commis à une tâche, celle de me faire part de tous les avantages liés à mon adhésion au RPG, du fait de ma cote de popularité.
Je lui ai dit que vous savez que je suis de l’Union Guinéenne pour la Démocratie et le Développement, mais que je reste ouvert à toute collaboration tant que cela ne trahit pas les valeurs que je défends depuis toujours au sein de l’UGDD. Séance tenante, il a promis de me rappeler pour d’autres entretiens concernant le troisième mandat. Je lui ai dit que mon parti et moi sommes amoureux de la démocratie et de ses principes et qu’un débat lié au troisième mandat n’était pas dans notre agenda.
En vérité, je n’ai plus été rappelé et le désamour est né.
L’UGDD a décidé d’être membre de l’Alliance Nationale pour l’Alternance et la Démocratique (ANAD) en 2020.
La proximité de notre parti avec le Principal Opposant M. Cellou Dalein Diallo, Président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) n’a pas plu au camp adverse.
A travers le FNDC, on s’est opposé au referendum du 22 mars 2020 pour la mise en place d’une nouvelle constitution.
Pour le respect de la Démocratie, nous n’avons pas participé aux élections législatives du 22 mars 2020, puisque les conditions de crédibilité et de transparence n’étaient pas réunies.
Pour la présidentielle de 2020, l’UGDD fait allégeance à l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG).
Après l’élection du 18 octobre 2020, nous n’avons pas reconnu les résultats de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), parce que c’était une fraude électorale à grande échelle. Par cet acte, la CENI venait de falsifier les vrais résultats du scrutin du 18 Octobre 2020, car nous avons en notre possession les Procès-verbaux dressés par les délégués des différents bureaux de vote du pays.
Notre Candidat, M. Cellou Dalein Diallo, sur la base des résultats obtenus, a fait une déclaration pour annoncer sa victoire et ce qui n’est pas du goût du pouvoir en place qui veut nous forcer à reconnaitre notre défaite en vue de le légitimer.
Depuis les lieutenants des différents partis politiques sont inquiétés.
Les forces de l’ordre tentent de m’enlever de force le 25 novembre 2020, mais avec l’aide du voisinage, j’ai été alerté, je suis allé me mettre en lieu sûr. Mon avocat est allé au Commissariat Urbain de Yattaya pour en savoir beaucoup plus. De là, il reçoit une convocation me concernant et, ce, le 27 novembre 2020. Les autorités me reprochent d’être à la base de « la désobéissance civile, de trouble à l’ordre public et d’incitation à la haine et à la violence. »
Vous savez qui veut noyer son chien l’accuse de rage.
Refusant de répondre à leur convocation, ma concession a fait l’objet de plusieurs descentes musclées des forces de l’ordre, toutes cagoulées.
J’ai fait déménager ma famille, mais je ne peux vous dire où elle se trouve.
Je suis en fuite et mon avocat, Me Pépé KOLIE, et le Président de mon parti, M. Pépé Francis HABA, sont en train de trouver des voies et moyens me permettant de sortir de cette clandestinité. Je me porte bien et ma vie n’est pas en danger pour le moment.»
À la question de savoir pourquoi tu ne te présenterais pas au Commissariat comme certains opposants, M. KOLIÉ répond.
« J’ai refusé de répondre à la convocation parce que plus de quatre cents opposants sont sous le verrou sans aucun jugement préalable, dans des conditions de détention insupportables. C’est le cas des Ousmane Gaoual Diallo, Directeur de communication de l’UFDG, Ibrahim Cherif Bah, vice-président dudit parti et autres. Tous ceux qui ont accepté de répondre à leur convocation sont écroués. C’est la preuve que la démocratie va mal en Guinée.
Aujourd’hui, en Guinée, des opposants sont déportés et emprisonnés dans des prisons tenues secrètes par le Pouvoir.
Vaut mieux être un opposant du salon que d’être un opposant de la morgue. J’en ai pour preuve, le décès de mon compagnon de lutte, M. Roger Bamba, membre influent de L’UFDG, qui a trouvé la mort dans des conditions douteuses et incompréhensibles. D’ailleurs, la Communauté internationale demande que lumière soit faite. Bien des gens meurent en prison au jour le jour.
Même quand un prisonnier politique est malade en prison, c’est à peine que les autorités pénitentiaires acceptent qu’il ait accès à un médecin. Je ne pouvais donc prendre ce risque.
Moi, je sais que rien n’est éternel, je réapparaitrai lorsque les conditions seront réunies pour reprendre mon combat pour le renouveau démocratique de la Guinée. »



