A travers un entretien accordé à votre quotidien Loupeguinee.com ce lundi 10 janvier 2022, Dr Zalikatou Diallo ancienne ministre et ancienne première vice-présidente de l’Assemblée nationale et actuellement présidente de la COFEPAD-Guinee (Coalition des Femmes Parlementaires et Actrices pour la Paix, le Droit et le Développement de la Guinée) s’est exprimée sur la situation des femmes et la recrudescence des viols dans le pays.
L’activiste pour la paix, le droit et le développement a aussi plaidé en faveur de la Loi sur la parité entre homme et femme.
Lisez!
Loupeguinee.com : les Violences basées sur le genre (VBG), sont devenues récurrentes dans la capitale Conakry, ainsi qu’à l’intérieur du pays. En tant que femme, comment réagissez-vous face à cet état de fait ?
Certes, il y a actuellement recrudescence des viols mais certains pensent que cela a toujours été et que c’est maintenant que les déclarations se font le plus grâce à la sensibilisation et aux activités de l’OPROGEM. D’une manière ou d’une autre, la situation est inquiétante, c’est grave. Nous sommes préoccupées en tant que femmes et mères de familles par cet état de fait.
Lorsque nous voyons des filles violées, parfois des bébés, des fillettes de deux ans violées, des petits garçons séquestrés, c’est révoltant. Donc une situation aussi préoccupante nous interpele tous.
Tous les acteurs et actrices épris de justice et de paix doivent interagir à tous les niveaux pour inverser cette tendance.
C’est pourquoi nous profitons pour lancer un appel à toutes les composantes de la société pour que nous menions des activités porteuses pour pouvoir inverser la tendance.
Après plus de soixante (60) ans d’indépendance, aujourd’hui quel regard portez-vous sur la situation de la femme en Guinée ?
De l’indépendance à nos jours, tous les présidents, tous les gouvernements qui se sont succédés ont sans cesse prôné l’émancipation, la promotion et l’autonomisation des femmes.
Durant la première République, le premier président, père de l’indépendance en l’occurence de Ahmed Sékou Touré avait fait de l’émancipation de la femme guinéenne son cheval de bataille. Il y a eu des actions concrètes, on a vu des Dames remarquables qui sont rentrées dans l’histoire du monde entier à travers des positions occupées. Au niveau des Nations-Unies, on peut parler de Hadja Janne Martin Cissé qui était Représentante permanente de la Guinée et qui, en 1972 a été la première femme au monde à présider le conseil de sécurité des Nations-Unies…
Au niveau de la deuxième République, le colonel Lansana Conté à l’époque avait essayé de ralentir cette émancipation. Mais au fur et à mesure avec les plaidoyers, les conventions des institutions internationales, ces lois ont été internalisées dans nos lois nationales.
Il faut reconnaître que dans les années « 90 » il y a eu des avancées. Au niveau des élections législatives à la faveur du multipartisme intégral les femmes se sont réunies, les ONGs féminines ont mené des actions. Dans le gouvernement de 2006, il y a eu au moins six femmes ministres dans des départements costauds,…
Au cours de la troisième République, on a vu des femmes qui ont occupé des postes pas des moindres comme ministre de l’économie et des finances avec Maladho Kaba. On a eu des Dames au niveau des Travaux Publics comme Oumou Camara…
Avec la quatrième République, le président Alpha Condé a dédié son mandat aux femmes et aux jeunes. Lui, il s’est beaucoup accentué sur l’autonomisation des femmes avec les MUFFA… Son dernier gouvernement a battu le record en terme de représentativité des femmes avec 11 femmes ministres. C’était une première depuis l’indépendance…
Après le 05 septembre, nous avons vu que le réflexe était toujours là avec la nomination par le président de la transition, d’une Dame comme gouverneur de la ville de Conakry. Aussi dans le gouvernement de Mohamed Béavogui, on peut dénombrer six ou sept femmes ministres.
(…). Mais les défis restent très consistants encore. Il faut reconnaître qu’en dépit de tous ces efforts il y a un grand décalage entre le volume des discours et la réalité tangible. Quand on voit le niveau de représentativité des femmes dans les instances politiques le bat blesse, les dernières législatives en font foi.
Avec la huitième législature on était 26 femmes sur 114 députés, on était donc loin du quota de 30%.
Dans la neuvième législature c’est-à-dire les législatives de 2020, il y a carrément eu un recul, de 26 femmes on est passé à 19 pour un départ puis 21 femmes sur les 114 qui siégeaient.
Vous voyez le recul ? C’est pour vous dire que cette évolution en dents-de-scie nous interpelle et les défis sont là.
C’est pourquoi nous devons encore continuer ce noble combat, mettre en place des stratégies porteuses cette fois ci.
Pour la paix et le développement en Guinée, quel appel avez-vous à lancer aux nouvelles autorités (CNRD) ?
(…)puisque la loi sur la parité n’est pas prise en compte dans le code électoral c’est pourquoi nous interpelons les nouvelles autorités de la transition pour qu’elles prennent en compte tous les acquis énumérés mais aussi qu’ils soient consolidés.
Il faut la prise en compte de ces acquis là dans la nouvelle constitution pour ne pas qu’ils périclitent… Il faut reconnaître que les femmes guinéennes sont battantes, déterminées et ont le potentiel démographique. Donc il faut y réfléchir et mener des actions porteuses.
Loupeguinee.com : Dr Zalikatou merci pour la disponibilité.
Dr Zalikatou : c’est moi qui vous remercie.
Entretien réalisé par Marly Sall
341


