Loupeguinee
No Result
View All Result
  • Accueil
  • AFRIQUE
  • societe
  • portrait
  • confidence
  • plume à lui
  • Leboutonrouge
No Result
View All Result
  • Accueil
  • AFRIQUE
  • societe
  • portrait
  • confidence
  • plume à lui
  • Leboutonrouge
No Result
View All Result
Loupeguinee
No Result
View All Result

SIMANDOU 2040 : « La Guinée doit élever l’esprit de la nation à la hauteur des pierres du progrès »

15 octobre 2026
in Leboutonrouge
EXCLUSIF — Esclavage des Africains, mémoire historique et repentance : Aimé Stéphane Mansaré interpelle le monde arabo-musulman

Dans cet entretien, le sociologue Aimé Stéphane Mansaré alerte sur les risques d’un développement exclusivement matériel et plaide pour une gouvernance fondée sur l’intégrité, la performance institutionnelle et la valorisation du capital humain.

Alors que la Guinée s’engage dans une nouvelle phase de transformation économique portée notamment par le projet minier de Simandou et le Programme Simandou 2040, une question fondamentale se pose : comment transformer les investissements massifs dans les infrastructures en un développement durable, inclusif et bénéfique pour les générations futures ?

Pour Aimé Stéphane Mansaré, sociologue, expert-consultant en sciences sociales du développement, directeur général du CERFOP et président du conseil d’administration de l’IPCJ-Guinée, le défi guinéen ne se limite pas à construire des routes, des ponts, des voies ferrées ou des infrastructures portuaires.

Il consiste également à bâtir des institutions solides, à promouvoir l’intégrité dans la gestion publique et à faire du civisme un pilier de la transformation nationale.

Dans sa réflexion intitulée « Le paradoxe guinéen de la pierre et de l’esprit : pourquoi le Programme Simandou 2040 exige une superstructure normative pour pérenniser son élan infrastructurel », il défend une conviction centrale : le développement d’une nation ne se mesure pas uniquement à la hauteur de ses ouvrages, mais aussi à la solidité de ses institutions et aux valeurs qui gouvernent leur utilisation.

À travers cet entretien, il analyse les enjeux du Programme Simandou 2040, les risques associés à la rente minière et propose un cadre d’évaluation baptisé « III–VI–II » pour inscrire la transformation guinéenne dans la durée.

Depuis 2021, la Guinée connaît une dynamique de modernisation de ses infrastructures. Comment analysez-vous cette évolution au regard des ambitions du Programme Simandou 2040 ?

La Guinée se trouve à un moment charnière de son histoire économique et sociale. Les investissements dans les infrastructures routières, les ouvrages d’art, les équipements urbains et les projets structurants liés à Simandou ouvrent des perspectives importantes pour la transformation du pays.

Cependant, il faut distinguer la construction matérielle de la construction durable d’une nation.
Une route, un pont, un chemin de fer ou un port constituent des instruments de développement. Mais leur existence ne garantit pas automatiquement l’amélioration des conditions de vie des populations.

Pour que ces investissements produisent des effets durables, ils doivent s’accompagner d’institutions performantes, d’une administration rigoureuse, d’une justice efficace et d’une culture de responsabilité collective.
C’est précisément ce que j’appelle le paradoxe guinéen de la pierre et de l’esprit.

La pierre représente les infrastructures, tandis que l’esprit renvoie aux institutions, aux normes, à l’éthique publique et au civisme.

La Guinée ne doit pas seulement construire des ouvrages impressionnants ; elle doit également construire les mécanismes humains et institutionnels capables de les protéger, de les entretenir et de les valoriser.

Vous évoquez le risque d’un « développement déshabillé ». Que signifie cette expression ?

Le développement déshabillé désigne une situation dans laquelle la modernisation matérielle progresse plus rapidement que la transformation des institutions et des comportements sociaux.
Autrement dit, nous pouvons disposer d’infrastructures modernes sans avoir nécessairement développé les mécanismes de gouvernance indispensables à leur pérennité.

Imaginons une route construite à grands frais, mais dont la réalisation a été affectée par des malfaçons, un contrôle insuffisant ou des irrégularités dans l’attribution des marchés.

Si cette route se dégrade prématurément, l’investissement initial perd une partie de sa valeur économique et sociale.

Le problème ne réside donc pas uniquement dans la qualité du béton ou de l’acier. Il se trouve également dans les procédures de passation des marchés, le contrôle technique, la responsabilité des acteurs et les sanctions applicables en cas de manquement.

Il faut comprendre que la durabilité d’une infrastructure est autant une question de gouvernance que de génie civil.

Le développement déshabillé est précisément ce déséquilibre entre la visibilité des réalisations physiques et la solidité parfois insuffisante des mécanismes censés les encadrer.

Le projet Simandou est présenté comme une opportunité majeure pour la Guinée. Quels sont, selon vous, les principaux risques à anticiper ?

Simandou représente une opportunité stratégique considérable pour la Guinée. Son potentiel dépasse l’exploitation minière, puisqu’il concerne également les transports, les infrastructures portuaires, les échanges économiques, l’emploi et l’intégration des activités productives.

Mais une ressource naturelle abondante ne constitue pas, à elle seule, une garantie de prospérité.

Le premier risque est celui de la mauvaise gouvernance de la rente. Lorsque des flux financiers importants arrivent dans un environnement où les contrôles sont insuffisants, les possibilités de surfacturation, de dépenses injustifiées ou de détournement des ressources publiques peuvent augmenter.

Le deuxième risque concerne la marginalisation de la compétence. Si les relations personnelles, les intérêts particuliers ou les logiques de rente prennent le dessus sur le mérite, les compétences techniques risquent de perdre leur place dans les décisions publiques.

Le troisième risque est social. Il apparaît lorsque les populations ne perçoivent pas suffisamment les retombées concrètes de la croissance, notamment en matière d’emploi, de formation, de santé, d’éducation et d’accès aux services essentiels.

Enfin, il existe un risque d’entretien. Construire des infrastructures est une chose ; prévoir les ressources financières, humaines et techniques nécessaires à leur maintenance en est une autre.

La véritable question est donc la suivante : comment faire en sorte que les richesses générées par Simandou se transforment en capacités nationales durables ?

Le succès de Simandou ne devra pas seulement se mesurer aux volumes de minerai exportés, mais également à la capacité de la Guinée à transformer cette richesse en emplois qualifiés, en compétences, en services publics performants et en opportunités pour ses citoyens.

Vous établissez un lien entre infrastructures et superstructure normative. Pourquoi les institutions sont-elles aussi importantes que les investissements matériels ?

Parce que les institutions déterminent, dans une large mesure, la manière dont les ressources sont mobilisées, les décisions prises et les investissements protégés.

Les infrastructures constituent le socle matériel du développement. Les institutions en organisent la réalisation, l’utilisation et la conservation.

Une administration compétente doit être capable de planifier les projets, d’évaluer les coûts, de contrôler les entreprises, de sanctionner les manquements et de rendre compte de l’utilisation des fonds publics.
La superstructure normative comprend également les règles juridiques, l’éthique professionnelle, la transparence administrative et les comportements citoyens.
Prenons un exemple simple : même si une route est techniquement bien construite, son utilité peut être compromise par une mauvaise gestion des charges, l’absence d’entretien ou des décisions administratives inappropriées.

À l’inverse, une gouvernance rigoureuse peut prolonger la durée de vie d’un ouvrage, optimiser les dépenses et renforcer la confiance des citoyens.
Cette réflexion rejoint les travaux des économistes Daron Acemoglu et James

A. Robinson, notamment dans leur ouvrage Why Nations Fail, publié en 2012, qui met en évidence le rôle des institutions dans les trajectoires de développement.

Elle rejoint également l’approche d’Amartya Sen, pour qui le développement doit être apprécié à travers l’élargissement des capacités et des libertés réelles des personnes.

En définitive, le développement ne consiste pas seulement à accumuler des équipements, mais à créer les conditions permettant aux populations de mieux vivre, d’apprendre, de travailler et de participer à la prospérité collective.
Vous proposez un cadre d’évaluation appelé « III–VI–II ». En quoi consiste ce modèle et comment pourrait-il contribuer à la réussite de Simandou 2040 ?

Le cadre « III–VI–II » est une proposition méthodologique destinée à élargir l’évaluation des politiques publiques.
Trop souvent, les résultats du développement sont appréciés principalement à travers les taux de croissance, les montants investis ou le nombre d’infrastructures réalisées.

Ces indicateurs sont importants, mais ils ne suffisent pas à mesurer la transformation réelle d’une société.

Mon approche repose sur trois niveaux complémentaires.
Le premier niveau comprend les trois fondations majeures : les « III ».
Il s’agit des infrastructures, des institutions et de l’intégrité.

Les infrastructures constituent le support matériel de la transformation. Les institutions assurent la stabilité des règles et la qualité de l’action publique. L’intégrité protège les ressources contre leur appropriation abusive et favorise la confiance dans les mécanismes de gouvernance.

Le deuxième niveau rassemble les six piliers de l’action publique : les « VI ».
Il s’agit de :
La Vision, pour planifier le développement à long terme ;
L’Intégration, pour relier les projets miniers à l’économie nationale et aux activités locales ;
La Valorisation, pour promouvoir le mérite et les compétences ;
La Vigilance, pour assurer un contrôle rigoureux et continu des réalisations ;
L’Inclusivité, pour veiller à une répartition plus équitable des bénéfices du développement ;
L’Impact, pour mesurer les changements réels dans les conditions de vie des populations.
Le troisième niveau porte sur les deux dynamiques de pérennité : les « II ».
Il comprend l’innovation et l’indépendance durable.
L’innovation doit permettre à la Guinée de moderniser ses méthodes de travail, ses technologies et ses procédures administratives.
L’indépendance durable renvoie à la capacité du pays à entretenir ses infrastructures, à développer ses compétences nationales et à financer progressivement son propre développement sans créer de dépendances excessives.

L’intérêt de ce cadre est de proposer une lecture globale des politiques publiques.
Il ne s’agit plus seulement de demander combien de kilomètres de routes ont été construits, mais aussi de savoir si ces routes sont durables, si leur réalisation a été transparente, si elles facilitent l’activité économique et si elles améliorent effectivement la vie des citoyens.

Le cadre « III–VI–II » est donc une proposition qui pourrait être adaptée aux mécanismes de planification, de suivi et d’évaluation du Programme Simandou 2040.
La corruption, les surfacturations et les malfaçons sont des préoccupations régulièrement évoquées dans les débats sur la gestion publique. Comment prévenir ces risques dans le cadre de grands projets comme Simandou ?

La prévention repose sur plusieurs mécanismes complémentaires.
Le premier est la transparence dans la commande publique. Les critères d’attribution des marchés, les coûts des projets, les modifications contractuelles et les résultats des contrôles doivent être encadrés par des procédures claires et accessibles selon les règles applicables.
Le deuxième est le renforcement du contrôle technique indépendant.

Les ouvrages doivent faire l’objet de vérifications rigoureuses à toutes les étapes : études préalables, choix des matériaux, exécution des travaux, réception et maintenance.
Le troisième concerne la responsabilité administrative et juridique. Les manquements doivent donner lieu à des suites appropriées, conformément au droit, afin que les règles ne soient pas seulement formelles.
Le quatrième est la valorisation de l’expertise. Nous devons créer des environnements professionnels dans lesquels la compétence, le mérite et la probité constituent des critères essentiels de recrutement, de promotion et de responsabilisation.

Enfin, il faut renforcer la redevabilité. Les institutions chargées de la gestion des projets doivent pouvoir expliquer les décisions prises, justifier les dépenses engagées et rendre compte des résultats obtenus.

La lutte contre la corruption ne peut pas reposer uniquement sur les discours ou sur des opérations ponctuelles. Elle nécessite des mécanismes durables, des contrôles crédibles et une volonté d’appliquer les règles à tous.

Un grand projet ne devient pas un facteur de développement simplement parce que son budget est élevé. Il le devient lorsque chaque dépense peut être justifiée, chaque responsabilité identifiée et chaque résultat évalué.
Vous insistez également sur le civisme. Pourquoi le comportement des citoyens est-il déterminant dans la réussite d’un programme de cette envergure ?

Parce que le développement est une œuvre collective.
L’État a une responsabilité centrale dans la construction des infrastructures, la définition des règles et la qualité des services publics.

Mais les citoyens ont également un rôle à jouer dans la préservation des biens communs.
Le civisme commence par le respect des équipements collectifs, la protection des ouvrages publics, le respect des règles de circulation et le refus de banaliser les pratiques frauduleuses.

Il concerne aussi les comportements professionnels : respecter les procédures, accomplir ses tâches avec sérieux et refuser les arrangements qui compromettent l’intérêt général.

A lire aussi

Afrique : faut-il rompre avec les modèles de développement occidentaux ? Le plaidoyer du sociologue guinéen Aimé Stéphane Mansaré

Afrique : faut-il rompre avec les modèles de développement occidentaux ? Le plaidoyer du sociologue guinéen Aimé Stéphane Mansaré

16 octobre 2026
Afrique : quand la force pousse les disciples à renier leurs maîtres( Sema)

Afrique : quand la force pousse les disciples à renier leurs maîtres( Sema)

12 octobre 2026
EXCLUSIF — Esclavage des Africains, mémoire historique et repentance : Aimé Stéphane Mansaré interpelle le monde arabo-musulman

EXCLUSIF — Esclavage des Africains, mémoire historique et repentance : Aimé Stéphane Mansaré interpelle le monde arabo-musulman

10 octobre 2026

Toutefois, je tiens à souligner un point important : le civisme ne doit pas servir à transférer sur les citoyens la responsabilité des défaillances institutionnelles.

On ne peut pas demander aux populations de protéger les infrastructures sans garantir la qualité des travaux, l’entretien des équipements et une gestion transparente des ressources.

La responsabilité doit être partagée, mais elle doit également être proportionnée aux rôles de chacun.
C’est pourquoi je plaide pour un véritable choc d’intégrité et de civisme, qui associe l’éducation, l’exemplarité des responsables publics, la responsabilisation des professionnels et la participation citoyenne.

L’éthique doit être enseignée et pratiquée avec autant de sérieux que les compétences techniques.

Vous citez Singapour, la Chine et la Corée du Sud comme des exemples d’émergence. Quelles leçons la Guinée peut-elle en tirer ?

Ces pays présentent des trajectoires historiques, politiques et économiques différentes. Il serait donc inapproprié de chercher à reproduire mécaniquement leurs modèles.
En revanche, leurs expériences permettent d’identifier plusieurs enseignements utiles.

À Singapour, l’accent mis sur la compétence administrative, la discipline de gestion et la lutte contre la corruption constitue un sujet d’étude intéressant pour la réforme de l’administration publique.

L’expérience chinoise met notamment en évidence l’importance de la planification à long terme, des investissements productifs et du développement des capacités industrielles. Elle rappelle également la nécessité d’examiner les conditions institutionnelles et sociales dans lesquelles les politiques économiques sont conduites.

La Corée du Sud illustre, pour sa part, le rôle joué par l’éducation, la formation technique, la montée en gamme industrielle et l’investissement dans le capital humain.

La leçon commune n’est pas qu’il existerait une recette unique du développement. Elle est plutôt que la transformation économique exige une cohérence entre les ambitions nationales, les capacités administratives, les compétences humaines et les mécanismes de mise en œuvre.

La Guinée doit s’inspirer de ces expériences tout en construisant sa propre trajectoire, en tenant compte de ses réalités sociales, de ses institutions et des aspirations de sa population.

Nous devons notamment investir dans la formation professionnelle, la recherche, l’ingénierie, la gestion des infrastructures et les compétences nécessaires à la transformation locale des ressources naturelles.

L’ambition doit être de faire de la richesse minière un levier de développement des compétences guinéennes, et non une simple source de revenus tirés de l’exportation des ressources.

 Comment faire en sorte que les retombées de Simandou profitent réellement aux populations, notamment aux jeunes ?

La question de l’inclusivité est fondamentale.
La réussite d’un programme de transformation ne doit pas être appréciée uniquement à travers les recettes publiques, les volumes d’investissement ou les performances des entreprises concernées.
Elle doit également être évaluée à partir de ses effets sur l’emploi, la formation, les revenus, l’accès aux services essentiels et les possibilités offertes aux populations.

Pour la jeunesse guinéenne, plusieurs priorités me paraissent essentielles.
La première consiste à développer des formations adaptées aux besoins réels de l’économie, notamment dans les domaines de l’ingénierie, de la maintenance industrielle, des transports, de la logistique, de l’énergie et des technologies.

La deuxième est de renforcer les possibilités offertes aux entreprises nationales, en tenant compte de leurs capacités techniques et financières, afin qu’elles puissent participer durablement aux chaînes de valeur associées aux projets structurants.

La troisième est de favoriser les activités économiques complémentaires à l’exploitation minière : agriculture, transformation agroalimentaire, services, industrie et innovation.

La quatrième consiste à améliorer la mesure des résultats sociaux. Il faut pouvoir déterminer combien d’emplois durables sont créés, quelles compétences sont transférées, quelle place occupent les entreprises locales et comment évoluent les conditions de vie des communautés concernées.

Enfin, les mécanismes de consultation et de participation des populations doivent être renforcés.

La jeunesse ne doit pas seulement être considérée comme bénéficiaire des retombées de Simandou. Elle doit pouvoir devenir l’un des principaux acteurs de la transformation économique et technologique du pays.

Certains pourraient considérer que votre approche accorde trop d’importance aux normes et aux institutions, alors que le pays a aussi besoin d’investissements rapides. Que leur répondez-vous ?

Je ne propose absolument pas de ralentir la construction des infrastructures. Je défends, au contraire, une approche qui permet d’en maximiser les bénéfices et d’éviter que les investissements réalisés aujourd’hui deviennent des charges demain.
La rapidité est importante, mais elle ne doit pas se faire au détriment de la qualité, de la transparence ou de la pertinence des projets.

Un ouvrage livré rapidement, mais mal conçu ou insuffisamment entretenu, peut coûter beaucoup plus cher à long terme qu’un ouvrage réalisé dans des conditions rigoureuses.

De même, une politique publique qui mobilise des ressources importantes sans mesurer ses effets sur les populations risque de produire des résultats inférieurs aux attentes.

Il ne faut donc pas opposer infrastructures et institutions. Il faut organiser leur progression simultanée.
La bonne gouvernance n’est pas un obstacle au développement.

Elle constitue l’un des moyens de protéger les investissements, d’améliorer l’efficacité des dépenses et de renforcer la confiance des acteurs économiques.
Mon propos peut se résumer ainsi : construire vite, oui, mais construire bien, gérer avec intégrité et penser à long terme.
La Guinée a besoin d’une ambition matérielle forte, soutenue par une ambition institutionnelle tout aussi exigeante.
Concrètement, quelles mesures devraient être prises pour inscrire le Programme Simandou 2040 dans une perspective de développement durable ?

Je proposerais plusieurs orientations complémentaires.
Premièrement, intégrer des objectifs de gouvernance aux indicateurs de performance.

Le suivi du programme devrait prendre en compte, outre les réalisations physiques et financières, la qualité des ouvrages, les délais de livraison, les coûts de maintenance et la transparence de la commande publique.
Deuxièmement, renforcer les mécanismes indépendants de contrôle et d’évaluation. Les audits techniques et financiers doivent contribuer à détecter les irrégularités, à corriger les insuffisances et à améliorer la gestion des projets.
Troisièmement, planifier l’entretien dès la conception des infrastructures. Les budgets, les compétences et les responsabilités nécessaires à leur maintenance doivent être anticipés afin de limiter les dégradations prématurées.
Quatrièmement, investir dans le capital humain.

La formation des ingénieurs, des techniciens, des gestionnaires et des agents publics est indispensable pour réduire les dépendances techniques et renforcer les capacités nationales.
Cinquièmement, développer les liens entre les projets structurants et l’économie locale.

Il faut favoriser, dans le respect des exigences de qualité et de compétitivité, la participation des entreprises guinéennes, la création d’emplois qualifiés et l’émergence d’activités productives diversifiées.

Sixièmement, renforcer la participation citoyenne. Les communautés doivent pouvoir accéder à l’information pertinente, exprimer leurs préoccupations et contribuer à l’évaluation des effets des projets sur leur environnement et leurs conditions de vie.

Enfin, je recommande d’étudier la possibilité d’utiliser le cadre « III–VI–II » comme une grille complémentaire d’évaluation du programme.
L’objectif serait de disposer d’une lecture plus complète des résultats, associant performance économique, qualité institutionnelle, intégrité, inclusion sociale et durabilité.
Quel message souhaitez-vous adresser aux décideurs guinéens et à la population à l’approche de cette nouvelle étape de transformation nationale ?

Mon message est un appel à la responsabilité historique.
La Guinée dispose d’atouts importants : ses ressources naturelles, sa position géographique, son potentiel agricole, sa jeunesse et les perspectives ouvertes par ses investissements structurants.

Mais ces atouts ne se transformeront en prospérité durable que si nous sommes capables de construire un système de gouvernance à la hauteur de nos ambitions.
Aux décideurs publics, je dirais que chaque infrastructure doit être considérée comme un patrimoine collectif dont la gestion exige transparence, compétence et responsabilité.
Aux entreprises, je rappellerais que la performance économique doit s’accompagner du respect des normes, de la qualité des réalisations et des obligations contractuelles.

Aux professionnels, notamment aux ingénieurs et aux techniciens, je demanderais de faire de la rigueur une exigence permanente.

À la jeunesse, je voudrais dire que son avenir dépendra également des compétences qu’elle acquiert, de son engagement et de sa capacité à participer à la transformation du pays.
Enfin, aux citoyens, je rappelle que le patrimoine public appartient à la collectivité et que sa protection doit devenir une responsabilité partagée.
Simandou 2040 ne doit pas être réduit à un programme d’exploitation minière ou de construction d’infrastructures.

Il doit constituer une occasion de renforcer les institutions, de développer les compétences nationales et de créer les conditions d’une prospérité mieux partagée.

Nous devons éviter le mirage des chantiers sans âme, c’est-à-dire des réalisations matérielles qui ne s’accompagnent pas d’une transformation profonde des pratiques et des institutions.

La Guinée doit élever l’esprit de la nation à la hauteur des pierres du progrès. C’est à cette condition que les infrastructures d’aujourd’hui pourront devenir le patrimoine durable des générations de demain.
Saidou Diallo

Onetopic84@gmail.com

+224623813202

902
ShareTweetSend

A propos de nous

Loupeeguinee.com est un site internet d’informations générales et d’analyses sur la Guinée, l’Afrique et le monde.

Notre seul but: livrer l’information réelle en temps réel. L’éthique et la déontologie sont notre ligne de conduite.
Email: onetopic84@gmail.com

Tel: 00224 623 81 32 02

Tous droits réservés Loupe Guinée 2022

No Result
View All Result
  • Accueil
  • AFRIQUE
  • societe
  • portrait
  • confidence
  • plume à lui
  • Leboutonrouge

Tous droits réservés Loupe Guinée 2022