Votre quotidien Loupeguinee.com dans sa dernière livraison a interrogé un homme politique avec qui on a abordé plusieurs points concernant la transition et le CNRD. Il s’agit de Moriba Fiac KOLIE, membre du cabinet du Président de L’Union Guinéenne pour la Démocratie et le Développement(UGDD). Cet acteur politique connu dans ses positions a toujours dénoncé les exactions du pouvoir, d’ailleurs ce qui lui a valu plusieurs menaces.
Interview !
Loupeguinee : Quel regard portez- vous sur la transition en Guinée ?
Moriba Il y avait une espérance au début, puisque les discours et certains actes du CNRD rassuraient, notamment la libération des prisonniers politiques d’Alpha CONDE, la réhabilitation des martyrs, la mise à la retraite des fonctionnaires dont l’âge s’y prêtait. Mais au fil du temps, l’espérance à tendance à se transformer en véritable cauchemar, car le CNRD fait toujours mystère de ses intentions.
Que voulez- vous dire par faire mystère de ses intentions ?
D’abord, la junte a refusé de publier la liste des membres du Comité National pour le Rassemblement et le Développement. Selon des indiscrétions, ils seraient pour la plupart des membres de sa région. Une autre opinion du pays fait croire qu’ils éviteraient de mécontenter des militaires qui n’en feraient pas partie.
Moi, en plus de ce que mes concitoyens croient, je pense qu’ils ont peur d’être ciblés un jour par des sanctions en cas de dérapage.
Ensuite, ils ont délibérément refusé de déterminer la durée de la transition, au motif qu’il appartient au Conseil National de la transition et aux Forces vives de la Nation de dire la durée de cette dernière. C’est qui est à mon sens une fuite en avant et cela s’appelle de la lâcheté. On aurait dit qu’ils ont un agenda caché. C’est pourquoi toute la classe politique à laquelle j’appartiens, la société civile, vous les journalistes, le peuple devons rester vigilants.
Bien plus, le CNRD refuse de créer un cadre de dialogue avec les forces politiques du pays, pourtant ce sont elles qui compétissent à l’occasion des joutes électorales. Une grande partie de la classe politique pense que c’est un mépris. Nous leur avons tout récemment demandé d’ouvrir un dialogue pour permettre de mener à bien la transition en cours, mais notre requête est restée sans suite pour le moment.
Aussi est-il important de signaler l’interdiction des manifestations pacifiques. Ils ont interdit aux activistes des droits de l’homme de dénoncer le viol et le meurtre de Madame Mmah Sylla, ils ont empêché des étudiants qui sont à l’école de la République de réclamer pacifiquement sur le campus des bus de transport. Alors que la charte de la transition imposée par eux autorise la liberté de réunion, la liberté d’expression, la liberté des activités politiques, la liberté syndicale… C’est contre productif, à mon avis.
A votre avis, que faut-il pour une bonne transition en Guinée ?
Mon souhait est que cette transition soit prometteuse de justice, de démocratie, de paix sociale.
Cela passera nécessairement par les réformes institutionnelles qui aident le pays, notamment la mise en place d’une nouvelle constitution, l’assainissement du fichier électoral au regard du recensement général de la population, la réorganisation de la Commission Electorale Nationale Indépendante, l’organisation des élections locales, législatives et présidentielles.
Que dites-vous de la décision du CRND qui confie l’organisation des élections au Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation(MATD) ?
Cela ne respecte pas le parallélisme des formes et des compétences. La CENI a été créée par une loi organique et il n’appartient pas à un décret de l’enterrer. La classe politique récusera le MATD et reconnaitra la CENI comme la seule institution d’organisation des élections pour une question de transparence, encore que si la junte n’interfère pas. Il serait nécessaire qu’il ait dialogue pour permettre d’aller vite à l’essentiel.
Intéressons- nous à un autre sujet qui domine l’actualité de notre pays, celui de la récupération des biens de l’Etat.
J’ai beaucoup parlé de ce sujet dans certains médias du pays. L’UGDD marque son accord pour la récupération des biens de l’Etat, mais que cela se passe par le biais de la justice. Seule la justice dira qui a tort et qui a raison. Je ne voudrais pas qu’il y ait une instrumentalisation de la procédure de récupération des biens de l’Etat.
Vous avez été menacé sous Alpha CONDE à travers vos convictions politiques et nous apprenons que les mêmes menaces continuent sous le colonel Mamady Doumbouya, qu’en est-il réellement ?
Ce qui se dit est vrai et c’est regrettable pour une jeune démocratie comme la nôtre.
Cela a commencé quand j’ai dénoncé les tuéries de l’Etat à Zogota, quand l’UGDD, dont j’étais le porte-parole, a fustigé la façon dont la crise de Womey avait été réglée, crise liée à Ebola, quand j’ai refusé d’appartenir au RPG pour défendre un projet anti-démocrtatique (troisième mandat du Président déchu).
Sous le Colonel Doumbouya, on me reproche d’intensifier mes prises de parole pour nuire au CNRD et à son Président. Des leaders politiques sont menacés par des lieutenants du colonel Mamady Doumbouya au camp Samory. Cet état de fait est préoccupant. Ma petite famille et moi sommes menacés, alors que je n’ai jamais prononcé des propos qui distillent la violence, même la haine contre une ethnie.
Interview réalisée par Saidou DIALLO



